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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

2. L’Esprit de la Beauté

Symétrie et qualités génétiques

- Bonjour Professeur.

- Bonjour Axiothée,

- Après votre beauté primordiale. Euh, pardon, votre Beauté intrinsèque, je présume, Professeur, que nous allons passer au deuxième niveau.

- Nous y viendrons, Axiothée, mais nous allons d’abord suivre l’actualité et plus spécifiquement le dernier hors-série de Philosophie Magazine consacré à l’opposition entre les Lumières et le Romantisme.

- ?

- Cette opposition a semblé suffisamment importante et d’actualité pour qu’Adèle Van Reeth y consacre aux Anti-Lumières une semaine entière des Chemins de la philosophie de France-Culture.

- ?

- Pour te résumer, les Lumières considèrent l’homme comme autonome, tandis que ….

- N’est-ce pas Montaigne qui a proposé à son lecteur « Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins ». N’est-ce pas déjà de l’autonomie ?

- Oui, Axiothée, certains voient bien dans l’auteur des Essais, un précurseur des Lumières. J’allais te dire que le Romantisme, à l’inverse des Lumières, voit l’homme comme hétéronome, c'est-à-dire qu’il n’existe qu’au sein d’une culture, de rites et de règles. Nous verrons plus tard qu’aussi bien les Lumières que le Romantisme participent à la Beauté, mais pour reprendre ta citation de Montaigne (dont je te félicite) « l’homme romantique » pourrait justement se décrire de façon
« non simple, non naturelle ni ordinaire, mais avec contention et artifice » !

- Merci pour vos félicitations Professeur, mais je ne vois pas très bien le rapport avec la Beauté.

- J’y viens Axiothée. Dans Philosophie Magazine, le brillant Tristan Garcia, a consacré un article au plus virulent des Anti-Lumières, Edmund Burke, celui qui a publié, en 1757, la Recherche philosophique sur l'origine de nos idées du sublime et du beau, quand cet Irlandais n’avait que vingt-six ans.

- Il est assez joli garçon !

- Tu veux dire par là, Axiothée, que tu vas un peu mieux t’intéresser à ce qu’il a écrit. C’est tout à fait naturel de ta part !

- … !

- La beauté, selon Burke, n'est autre que « le sentiment de cette [ …] chose que nous parvenons à déterminer complètement, qui nous semble ordonnée, régulière, symétrique. »

- Symétrique ! Comme la beauté « intrinsèque » du visage !

- Exactement ! Et Tristan Garcia ajoute que c’est « la preuve que le monde est accordé à ce que notre esprit et nos sens attendent de lui. »

- Notre esprit et nos sens ?

- Plus exactement, comme biologiste, je dirais que notre cerveau et nos sens sont accordés à détecter la symétrie d’un visage.

J’ajouterais à mon hypothèse, celle d’un autre philosophe, des Lumières celui là, Francis Hutcheson. Depuis les brumes écossaises, dans sa Recherche sur l’origine de nos idées de beauté et de vertu, il postula que nous avons un sixième sens, celui de l’esthétique.

- … ?

- Depuis que la reproduction sexuée existe, c'est-à-dire depuis environ 1,5 milliard d’années, le choix d’un partenaire reproductif est, pour toute Espèce, l’étape la plus importante dans la vie d’un individu. La beauté, physique, par exemple celle d’un joli garçon …

- … !

- …, et notamment la symétrie est le paramètre qui donne le plus d’informations sur les « qualités » génétiques d’un partenaire potentiel.

- Notre cerveau serait capable de mesurer la symétrie !

- Mesurer, pas vraiment, Axiothée. Mais au cours de l’Évolution, le cerveau a développé un système de comparaison d'une très grande précision. Il réussi à apprécier les asymétries au dixième de millimètre, et peut être au centième de millimètre. Tout ceci en une fraction de seconde, et bien entendu de manière totalement inconsciente !

- Par la vue ! Pourtant, Professeur, vous avez parlé de « nos sens » !

- Je persiste, Axiothée, car la perception de la symétrie peut se faire par l’odorat.

- !

- Cela peut surprendre en effet, mais Randy Thornhill et Steven W. Gangestad de l’Université du Nouveau Mexique (Albuquerque, USA) ont montré que les femmes, apprécient davantage l’odeur des hommes symétriques, et notamment pendant les périodes où elles sont les plus fécondes.

Voir aussi La peau et ses odeurs et la Dixième leçon de l’École de la Beauté

 

- Donc, Professeur, si nous apprécions la symétrie en toute chose c’est, à l’origine, pour chercher un partenaire reproductif, comme vous dites !

- Certainement Axiothée. La beauté ne se limite pas à la symétrie, mais ce paramètre est celui qui donne beaucoup d’informations sur les « qualités » génétiques d’un partenaire potentiel, sur sa résistance aux parasites.

- Pas très sexy tout cela, Professeur ! Il me semble que Beurk …

- Burke, Axiothée, Edmund Burke…

- Il me semble que ce joli Irlandais a ajouté « sublime » à « beauté »,

- Nous verrons Axiothée, comment le Sublime s’accorde avec la Beauté, mais il faut que nous ayons suffisamment avancé dans l’École de la Beauté.
En attendant, pour la prochaine leçon, pourras-tu mettre des boucles d’oreilles ?

- Avec plaisir, Professeur !

Philosophie Magazine. Les Anti-Lumières http://www.philomag.com/node/22717/
France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/les-anti-lumieres

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