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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

 

 

 

 

Le cancer, en tant que maladie, serait-il une adaptation qui a échouée ?

« Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu’il n’y a point d’effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles. »
Ironise Voltaire, dans Candide, sur la philosophie de Leibnitz. Le cancer n’est certainement pas la meilleure des choses possibles, et nécessite des précautions épistolaires car chacun a été touché par le cancer, soi-même ou à travers un proche. Mais il ne doit pas nous empêcher, comme l’aurait fait Leibnitz, qu’il n’y a point d’effet sans cause.

L’Homme est un simple être vivant

Nous sommes des êtres vivants et nous réagissons exactement comme tous les êtres vivants. Et même comme les plus archaïques des êtres vivants : les bactéries.

Dans un milieu hostile, les bactéries « cherchent » à sauvegarder non pas l’individu mais l’espèce.

Pour résister à une agression, par exemple à des antibiotiques, les bactéries « provoquent » des mutations. Ces mutations donnent à l’espèce d’espérance de nouvelles lignées « résistantes » à l’agression à laquelle les individus sont soumis.
Avec les antibiotiques, l’attaque est chimique mais il en serait de même pour des agressions physiques, comme les UV, la température excessive, des virus … Pour des espèces supérieures, il conviendrait d’ajouter le stress (individuel), les l’agressions sociales comme la surpopulation ou le stress (social) … ; les l’agressions fongiques, bactériologiques ou virales (notamment par les papillomavirus humains).

En réalité, ces mutations ne sont pas provoquées, c’est le système réparateur des mutations « normales », aléatoires, de l’ADN qui est inhibé (notamment, le système associé à la protéine P53). Il faudrait donc dire « pour répondre à une agression, les êtres vivants ne réparent pas leurs mutations. ». D’autres systèmes, simultanés ou non, indépendants ou non, peuvent intervenir, comme la baisse du niveau de réponse du système immunitaire ou le recours à des cellules souches (pluripotentes = qui peuvent former n’importe quel organe).

La plupart des bactéries sont tuées par les antibiotiques, ou par les mutations non réparées, mais, statistiquement, il suffit qu’une bactérie soit résistante, pour qu’une nouvelle lignée apparaisse.

C’est la biologie de l’évolution ou des populations qui doit être considérée, l’Élan vital, pour reprendre et abuser de l’expression d’Henry Bergson.
Arthur Schopenhauer, quand à lui mettait en scène l’Espèce, toute puissante, elle contrôlerait jusqu’à l’amour qu’éprouve un homme pour une personne du « beau sexe » (hautement misogyne, Schopenhauer n’envisageait pas l’inverse !)

Élan vital

C’est le même Élan vital qui gouverne à la fois les populations humaines et bactériennes soumises à des l’agressions.
Pas plus que « l’Espèce bactérie », l’Espèce humaine n’a pas d’autre ambition que de ne pas disparaître, et si possible conquérir de nouveaux écosystèmes. 

La séquence des génomes a récemment confirmé l’ampleur de la complexité génétique des cancers, puisque les mutations impliquées peuvent varier non seulement d’un individu à l’autre, d’un organe à l’autre, mais d’une cellule à l’autre.

La place essentielle du hasard dans le développement des cancers a été montrée récemment par l’équipe de Tomasetti de Université Johns Hopkins (Baltimore, USA)
Le hasard, la malchance, ou la recherche de nouvelles lignées ?

Période optimale

Dans une recherche de nouvelle lignée, à quel moment une mutation est-elle utile à l’Espèce humaine ? L’enfance n’est pas éligible puisque l’être n’est pas « achevé ». Mais il faut que la mutation se produise avant la première procréation, c'est-à-dire pendant l’… adolescence. Cet âge n’est-il pas celui des révoltes, des turbulences, des excès, des explorations multidirectionnelles, des « conquêtes de l’inutile » ? En s’exposant à de nouvelles agressions l’adolescent s’expose aussi à de nouvelles mutations.
Cristian Tomasetti place bien « l’environnement » en second dans les causes du cancer.

Nouvelles sensations, nouvelles mutations.

En s’exposant aux agressions situées aux frontières du monde des adultes, l’adolescent « prépare » de nouvelles lignées pour la conquête de mondes nouveaux. Devenu adulte et procréateur, ce sont ses enfants qui seront en mesure de progresser à l’extérieur des frontières ou bien de continuer à régner sur l’écosystème actuel en « résistant » aux nouvelles agressions.

Les variations climatiques avaient que déjà été pointée par Darwin comme étant des facteurs importants de l’évolution. Nos ancêtres semblent avoir résisté aux « agressions » climatiques en adoptant simplement une nourriture plus variée.

En réalité, seulement un très petit nombre de ses descendants sont « élus ».
La plupart des mutations sont,
soit réparées pas le système du P53,
soit muettes,
soit rendues inactives par la reproduction sexuée ou encore n’apporter aucun bénéfice

 

C’est uniquement au niveau de l’Espèce qu’un « bénéfice » pourrait apparaître.

Par son côté aléatoire, cette approche du cancer se situe exactement dans la sélection naturelle de l’évolution darwinienne.
La seule partie qui permette de se rapprocher du transformisme de l’évolution lamarckienne est le choix par les adolescents de la nature des « hors limites » ; les risques pris ne sont pas aléatoires mais choisis aux « frontières », « frontières » qui pourraient être dépassées par la génération suivante.

La lactase est enzyme qui permet de digérer le lait. Elle n’est normalement plus exprimée chez l’adulte. Une mutation est apparue il y a plusieurs milliers d’années, elle a porté sur un seul individu, puis s’est répandue, et maintenant 75% des Européens peuvent boire du lait. Les yeux bleus sont également une acquisition « récente » de l’espèce.

 

Effet retardé. Le cancer

Certaines mutations apparues pendant l’adolescence peuvent avoir été mal réparées, pas tout à fait muettes. Selon une observation qui n’aurait pas déplu à Leibnitz, c’est en général plus tard, quand l’aptitude à se reproduire et/ou à prendre soin des enfants s’estompent, que les mutations peuvent provoquer des cancers chez les anciens adolescents rebelles et turbulents.

Par exemple, une exposition déraisonnable au soleil (« coups de soleil » répétés) accroît, significativement, chez ceux qui ne bronzent jamais, le risque de voir plus tard se développer un mélanome.
Or, la tranche d’âge pour laquelle ce risque s’accroît le plus, n’est ni celle des adultes ni, contrairement à ce qui est généralement entendu, celle des enfants, mais justement celle des adolescents et pré-adolescents.

http://www.beaubiophilo.com/2017/06/la-beaute-au-soleil.2-le-soleil-protege.html

En termes d’évolution, les mutations générées pendant l’adolescence ne sont pas forcément un échec, mais le cancer qui peut en découler en est un terrifiant effet secondaire

Cristian Tomasetti et al.
All cancers are caused by a combination of bad luck, the environment and heredity
Science 2 January 2015, Vol. 347 no. 6217 pp. 78-81.

Illustration : C. Tomasetti, B. Vogelstein, et comme dessinatrice : Elizabeth Cook, Johns Hopkins

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