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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Notre crème au stéarate

Fabrication de la Crème au stéarate

Notre Crème au stéarate mérite davantage qu’une condescendance polie envers une relique du passé ; bien plus qu’« hydratante », son organisation particulière en feuillets lui permet de (re)structurer la kératinisation de l’épiderme.

L’histoire de notre Crème commence à Londres en 1892, dans le laboratoire de Silas Burroughs et Henry Wellcome. À l’origine, ce n’était qu’une base de maquillage à qui les inventeurs donnèrent le nom d’Hazeline snow. Son originalité résidait dans son aspect vanishing, évanescent, par opposition au poisseux des Glycérolés d’amidon utilisés jusqu’alors.

Rapidement, plus que comme base de maquillage, ce sont ses qualités d’amélioration de la peau rêche, qui firent le succès de la vanishing cream.

Comme sous la loupe binoculaire, la peau rêche apparaît semblable à une terre limoneuse craquelée par le manque d’eau, le marketing, celui de la Madison avenue d’après Albert Kligman, créa le concept de la Moisturizer cream pour définir les crèmes réparatrices des peaux rêches, sèches, irritables. 

Fabrication de la Crème au stéarate

Ce ne sont pas ses ingrédients qui font l’originalité de la Moisturizer cream, mais sa structure physique, qui elle-même est obtenue par une fabrication particulière : l’inversion de phase.

Je faisais préparer à mes étudiants la Vanishing cream suivante, nacrée et inspirée de celle de Burroughs & Wellcome.

Les quantités indiquées sont en pourcentages massiques (% W/W).

Phase O (oil) phase grasse)
- Stearic acid              : 12%

- Glyceryl stearate:    1,0%
- Mineral oil (paraffinum liquidum) : 1,0% (lubrifiant destiné à faciliter l’étalement de la crème sur la peau au moment de l’utilisation, et un peu paradoxalement, l’huile de paraffine accroît la stabilité de la crème, ce qui n’est pas le cas des huiles végétales)

 

Phase W (water) phase acqueuse)
- Glycerin (Glycérol) : 5,0%. (« humectant » et surtout stabilisant des bicouches)
- Potasse à 10%  : 5,5%       (Base pour la saponification)
- Soude à 10%  : 1,8%         (Base pour la saponification)
- Water (aqua) Eau distillée : qsp 100 (soit environ 80%)

Les deux phases étant chauffées à 70-80°C, la phase O (aqueuse) est versée progressivement à chaud sous agitation sur la phase W (grasse). Les bases (soude et potasse) provoquent une saponification partielle de l’acide stéarique ; ce savon permet la stabilisation temporaire d’une émulsion à phase continue grasse (émulsion W/O - water in oil). En continuant d’ajouter la phase aqueuse, à partir d’une certaine quantité de celle-ci, les deux phases « s’équilibrent », puis s’inversent, c'est l'inversion de phase : l’émulsion devient à phase continue aqueuse.
En ajoutant le reste de la phase aqueuse, il se forme une masse souple d’aspect crémeux et neigeux : la « Crème au stéarate ».

La potasse apporte la souplesse ; la soude, le nacré, celui de la neige de la Hazeline snow de Burroughs & Wellcome.

Une Vanishing Cream est encore aujourd’hui commercialisée, par une société également anglaise : Lush. Héritage de Burroughs & Wellcome ( ? ), cette crème, “faite à la main” (fresh hand made cosmetics), a un aspect neigeux et contient toujours de l’hamamélis (witch hazel).

 

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