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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Le secret gras des centenaires
 
En bref :

      Les centenaires ont un taux étonnamment élevé de « mauvais cholestérol ». Cette « anomalie » ne les a pas tués puisqu’ils sont centenaires.

       La disparité des Homo sapiens vis-à-vis de la gestion des graisses et du cholestérol fait partie « de la grande faculté d’adaptation qui fait l’homme » comme celle des Inuits (et des ours polaires), comme celle des centenaires, et comme devaient l’être celle d’Homo neanderthalensis.

     Il n’existe pas de « normalité », ni dans le taux de « bon cholestérol », ni dans celui du « mauvais », mais des gestions inappropriées ou appropriées des graisses par l'organisme, notamment par le cerveau.

     Les statines, et autres hypocholestérolémiants, ne devraient être prescrits qu'en fonction de l’individu et pas en fonction de « normalités ».

 

L’extrême faculté d’adaptation dont les centenaires font preuve tout au long de leur vie, révélée scientifiquement par Ladislas Robert, ne nous surprend pas vraiment. N’est-elle pas que le prolongement d’une observation déjà faite par Socrate « Ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation » ? Voir Le secret des Centenaires. La faculté d'adaptation

      Une leucémie myéloïde chronique a été observée chez Hendrikje van Andel-Schipper, décédée à l'âge de 115 ans. Cette mutation acquise interroge déjà le bio-philosophe sur ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Voir Le secret des centenaires. Une leucémie ?

 

      En fouillant à la recherche d’autres secrets, nous allons en découvrir un autre, très sujet à polémique :

…  le

 

 

Continuons avec les valeurs rapportées par Ladislas Robert.

« La très faible valeur du HDL-cholestérol (0,98 ± 0,32 mm/L en moyenne contre 1,43-2,4 normalement) est surprenante, car ce type de cholestérol est censé protéger contre les dégâts de l'athérosclérose. Le «mauvais» cholestérol (LDL- cholestérol) atteint des taux supérieurs à la normale (3,3 ± 0,91 mm/L en moyenne, normalement 1,3 à 3), ce qui est d'autant plus étonnant. »

 

 

Cette information sur les centenaires aurait pu compléter l’excellent documentaire d’Anne Georget diffusé sur Arte : Cholestérol : le grand bluff

 

 

 

 

 

Étonnant, pas tant que cela non plus si on suit les conseils de Jean-Marie Bourre : Manger de la graisse, c’est bon pour le cerveau. (L'Essentiel Cerveau&Psycho. N° 23)

Le sous-titre de l’article enfonce le clou : « Contrairement aux idées reçues, nous devons consommer du gras. Le cholestérol et les oméga-3 participent aux fonctions cognitives et préviennent le déclin du cerveau. »

 

    Notons dès à présent que Jean-Marie Bourre, encore membre de l’Académie de médecine, dirigeait des unités Inserm de neuro-toxicologie puis de neuro-pharmaco-nutrition. L’emploi du passé est important car Jean-Marie Bourre peut maintenant parler librement sans risquer la suppression de ses Crédits de recherche.

Sur ce sujet, pour d'autres exemples, revoir également le documentaire d’Anne Georget : Cholestérol : le grand bluff .

 

 

Dans le texte, Jean-Marie Bourre explique :

« … le cerveau est extrêmement riche en cholestérol – 10 % de son poids sec.

La myéline notamment comprend 75 % de lipides, dont 30 % de cholestérol. »

La myéline est une sorte de Chatterton, qui entoure les axones des neurones. Le mauvais état de cet « isolant » provoque de nombreuses perturbations, comme des maladies neurodégénératives, des paralysies, etc.

« Quant aux corps gras autres que le cholestérol, … les plus fréquents sont les triglycérides et les phospholipides, et, dans une moindre mesure, les esters du cholestérol. Dans le cerveau s’ajoute un type de graisses : les sphingolipides, notamment présents dans la myéline. »

… et également que dans l’épiderme, où ils forment les céramides.

 

Hendrikje van Andel-Schipper avait conservé « toute sa tête », plus précisément “with crystal-clear cognition until she was close to death”. On peut supposer que son cerveau su parfaitement gérer ses lipides jusqu’à sa mort. (voir fin de l’article Le secret des centenaires. Une leucémie ?)

 

Un « excès » de cholestérol est-il un secret des centenaires ?

Rien que de poser cette question aurait, en 2013 provoquer les foudres de quelques Conseils départementaux de l’Ordre des Médecins, comme celles qui frappèrent le Professeur Philippe Even après la publication de La vérité sur le cholestérol.

Ces petitesses résiduelles du Régime de Vichy évacuées d’un revers de manche démocratique, restons scientifiques, acceptons l’observation, même si elle est « surprenante » et « étonnante », et posons-nous une autre question : le cholestérol des centenaires viendrait-il d’une mutation ou de l’expression plus importante d’un gène ?

Neandertal

Fouiller cette question nous amène à l’archéologie et à Homo neanderthalensis dont un nouveau génome qui vient d’être séquencé par une équipe internationale dirigée par Svante Pääbo du département d’Anthropologie Évolutive de l’Institut Max-Planck (qui avait déjà séquencé le premier génome de H. neanderthalensis).

    

Les auteurs de la publication confirment que « le génome des Eurasiens modernes : portent entre 1,8 et 2,6 % d’ADN néandertalien. » …

… et ajoutent « que les gènes néandertaliens ont joué un rôle positif dans l’adaptation de nos ancêtres au froid eurasien [qui sévissait] à cette époque,... »

(Pour l’adaptation/domestication d’Homo sapiens vis-à-vis d’Homo neanderthalensis voir aussi : L’Homme domestiqué [fatigué], Nietzsche et les dieux)

Cette information sur l'adaptation au froid était suffisante, pourquoi le déjà célèbre Svante Pääbo s'est-il cru obligé de rajouter : « ... mais rançon de cette adaptation, les mêmes gènes font croître le taux de LDL-cholestérol sanguin. » ?

La nourriture de Homo neanderthalensis

À regarder le menu d’Homo neanderthalensis n’importe quelle diététicienne sauterait au plafond. Que de la viande, avec le gras qui va avec ! La viande de grands herbivores, et quand l’occasion se présentait, un peu de poisson ou de phoque. Certains pensent qu’il ne dédaignait par goûter également la chair de son prochain.

   Si, comme le suppose Svante Pääbo, le taux de LDL-cholestérol de l’Homme de Néandertal était particulièrement élevé nous ne pouvons pas le mesurer. Par contre, nous connaissons celui d’autres êtres vivant dans un climat froid et ayant un régime alimentaire semblable,

- Les Inuits

- L’ours polaire

Inuits

    L’étonnement de Ladislas Robert concernant les centenaires rejoint celui des scientifiques qui ont observé les Inuits.

Bien qu’ayant une nourriture composée presque exclusivement de graisses et de viandes, ces peuples autochtones du Groenland, l'Alaska et le Canada ont une mortalité par "insuffisance coronarienne" inférieure à celle des populations non-natales.

Ce quasi miracle a d’abord été attribué aux acides gras oméga-3 contenus dans les graisses du menu journalier des Inuits. Le vrai miracle fut la vente de compléments alimentaires « riches en oméga-3 ».

      Puis, en 2015, le miracle s’évanouit, le vrai secret des Inuits fut (discrètement) révélé par une équipe internationale conduite par Torben Hansen de l’université de Copenhague (Danemark) : ces populations présentent des particularités génétiques sur le chromosome 11 concernant plusieurs gènes, dont trois dédiés à l’expression d’enzymes entrant dans le métabolisme des graisses. Ces mêmes mutations ne se retrouvent que chez 2% des (autres) Européens.

Ours polaire

     Pour suivre l’ours polaire, prenons comme guide Hervé Le Guyader de l’université Pierre-et-Marie-Curie (Paris)

" La charge lipidique sanguine des ours polaires semble hors du commun : entre 3 et 4 grammes de cholestérol par litre et entre 2 et 3 grammes de triglycérides par litre, ce qui serait fatal à la plupart des mammifères.

Aujourd’hui, les études de son génome [de l’ours polaire] nous content les originalités de cet athlète extraordinaire …

Analysées dans un cadre évolutif, ces données non seulement étayent le scénario d’une adaptation rapide à un milieu extrême, mais invitent aussi à revisiter la différence entre le normal et le pathologique."

Questions intermédiaires

Avec leur HDL-cholestérol faible et LDL-cholestérol élevé, les centenaires auraient-ils un peu plus de gènes néandertaliens, ou d’Inuit (voire d'ours blanc !) que les autres Homo sapiens ?

Ces gènes sont particulièrement bien gérés par les centenaires puisqu’ils sont centenaires ! S’ils sont centenaires, c’est qu’ils n’ont donc pas succombé d’une une maladie cardiovasculaire ! Ou à d'autres troubles attribués à un excès de "mauvais cholestérol"!

 

Gros HLD

Côté génétique également, ajoutons que Nir Barzilai et ses collègues ont montré que des « individus d’une exceptionnelle longévité » avaient des LDL et surtout des HLD de tailles particulièrement élevées, qui pouvaient être associées à un polymorphisme particulier du gène CETP (codon 405 de la valine). Polymorphisme dont une partie des enfants de ces « individus » semblent profiter et faire d’eux des centenaires putatifs.

 

Conclusions

1° La résilience au niveau cellulaire comme un taux de cholestérol élevé donnent une piste vers une modification génétique, innée ou acquise, dont bénéficieraient les centenaires.

2° La bonne gestion des "mauvais" taux de cholestérol » semble être du domaine génétique, comme chez Homo neanderthalensis, comme chez les Inuits, comme chez l’ours polaire ou encore comme chez les « individus d’une exceptionnelle longévité ».

3° Nous ne sommes pas égaux vis-à-vis de la gestion des graisses et du cholestérol. Cette inégalité fait partie « de la grande faculté d’adaptation qui fait l’homme »

 

 

4° À l’invitation d’Hervé Le Guyader de revisiter la différence entre le normal et le pathologique, nous pouvons affirmer qu’il n’existe pas de « normalité », ni dans le taux de HDL-cholestérol, ni dans celui de LDL-cholestérol.

Les centenaires sont-ils normaux?

Les hommes de Neandertal étaient-ils normaux?

Les Inuits sont-ils normaux?

Les ours polaires sont-ils normaux? 

     Les statines, et autres hypocholestérolémiants, ne devraient être prescris qu’en fonction de l’individu et pas en fonction de « normalités ».

6° Si des statines avaient été prescrites aux centenaires étudiés par Ladislas Robert, seraient-ils devenus centenaires ?

Si des statines avaient été prescrites aux ours polaires, pourraient-ils, comme une ourse l’a fait, parcourir 354 km en 9 jours, à la nage, sans manger, dans une mer à moins de 4 °C ?

  7° …. En franchissant la barrière hémato-encéphalique les statines peuvent provoquer des neurodégénérescences semblables à celles de la maladie d’Alzheimer ou des suicides terrifiants.

 

Jean-Pierre FORESTIER

Biophysicien, Ingénieur de la Beauté, apprenti bio-philosophe

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