Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Jean-Pierre FORESTIER

En bref :

Dans la légende de Gilgamesh comme dans la Bible, c’est la femme qui « ouvre l’intelligence » à l’homme.

Cette « nouvelle » intelligence leur permet de sortir de leur animalité.

 

- Bonjour Professeur.

- Bonjour, Axiothée. La légende de Gilgamesh a-t-elle habité tes rêves ?

- J’attends vos commentaires, Professeur. J’ai surtout vu un récit du Déluge.

- Lecture peut-être un peu hâtive, Axiothée. La légende de Gilgamesh est bien plus riche en enseignements. Sa transcription par écrit, sur des tablettes cunéiformes, date environ du IVe millénaire avant notre ère, elle est évidemment beaucoup plus ancienne.

Gilgamesh est un dieu-héros-roi mésopotamien. Il a un ami, Enkidou, celui-ci vit parmi les animaux et est une sorte de bête sauvage. C’est par son union charnelle avec une femme qu’Enkidou devint un homme. Et il fallut pas moins de six jours et sept nuit d’extases, pour que la Femme dise enfin à Enkidou « Tu possèdes maintenant la sagesse. »

- Toutes les femmes, Professeur, apprécieront la finesse de jugement de cette légende ! C’est quand même très différent de l’Ève et de l’Adam de la Bible !

- Pas vraiment, Axiothée.

- … ?

- Il faut reprendre le texte exact de la Bible et pas l’interprétation qui en a été faite, tardivement, par des clercs d’un pays où les fruits les plus communs étaient des pommes.

- … !

- « La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son époux, qui était auprès d'elle, et il en mangea. » Genèse 3:6

- Je crois savoir, Professeur, quel fut le premier geste d’Ève.

- Ils cousirent ensemble des feuilles de figuier, et se firent des ceintures. (Genèse 3:7), ce qui est stupide.

- De couvrir sa nudité ?

- Je ne sais pas, mais ce qui est stupide c’est d’utiliser le figuier. Celui-ci contient des psoralènes, des puissants photo-sensibilisateurs. Avec le figuier, Ève aurait eu de sévères coups de soleil, même sous les UVA d’un soleil voilé.

- Feuille de figuier ou feuille de vigne, je ne pense pas qu’une femme, même la première, se soit d’abord voiler sa nudité.

- Avec Adam, devenu intelligent, ils durent courir vers l'orient du jardin d'Éden pour essayer de manger les fruits de l’arbre de l’éternité, mais Dieu l’avait immédiatement fait garder par des chérubins à l’épée flamboyante.

- Une femme consciente qu’elle est devenue une femme, Professeur ?

- … ?

- Elle a mis de l’ordre dans ses cheveux, un peu plus de noir sur ses yeux. Ève s’est maquil… , ou comme vous dites, Professeur, Ève s’est mise en beauté.

- … !

- Passant de l’animalité à l’humanité, devenue femme, Ève « empruntera à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature ».

- Je ne sais pas, Axiothée, si Baudelaire avait pensé à Ève, mais si on considère que de manger le fruit défendu est effectivement une évocation de l’union charnelle entre Ève et Adam, cette union leur ouvre l’intelligence, leur fait posséder « la sagesse », les libère de leur animalité. Ève et Adam pourraient bien être les premiers sapiens du genre Homo.

Spinoza remarqua, et cela lui valut une exclusion de sa communauté, qu’Adam et Ève ne pouvait pas être les premiers humains sur Terre. Selon mon hypothèse, Adam et Ève pourraient simplement être les premiers de ceux à qui s’adressait la Bible, c'est-à-dire : les Juifs.

- Peut-être, Professeur, qu’Adam et Ève furent les premiers Juifs. Mais, ce fut plus rapide avec Adam qu’avec Enkidou !

- Rapide ?

- Six jours et sept nuits pour Enkidou ! Et, Professeur, pour Adam, juste le temps de manger un fruit !

- Ça, Axiothée, la Bible ne le dit pas, ni si Adam était un « joli garçon » symétrique ; mais Ève devait être dans sa meilleure période de fécondité. (Je reviendrais certainement au cours d’une prochaine leçon sur la neurobiologie de ces sept nuits, qui correspondent à la durée classique d’une lune de miel).

- Peut-être. Peut-être, Professeur, que les hormones d’Ève ont joué un rôle, mais croquer ce fruit est bien l’initiative d’une femme !

- Parfaitement, Axiothée, les écrits fondamentaux, accessoirement décrivent le Déluge, mais surtout, tous reposent sur cette même observation : l’union avec une femme donne la sagesse et l’intelligence à l’homme, voire au couple, comme dans la Bible, et plus généralement à l'espèce Homo sapiens

- Voilà des écrits qui me plaisent. Mais, Professeur, il y a quand même un désagrément, et de taille, dans votre interprétation.

- Lequel, Axiothée ?

- En gagnant l’intelligence et leur liberté de penser, Adam et Ève ont perdu le ... Paradis !

- Fut-ce vraiment une perte, Axiothée ?

- Quand même, Professeur. Le Paradis ! Ils furent chassés du Paradis.

- Peut-être, Axiothée, que nous nous faisons du Paradis une idée trop … paradisiaque !

D’abord, un lieu fermé à l’intelligence est-il enviable ?

Ensuite, vivre dans le jardin d’Éden, c’est vivre parmi les bêtes, comme une bête.

Comme tu peux le voir sur le tableau, Lucas Cranach n’a entouré Adam et Ève que de bêtes sauvages. Est-ce vraiment la vie rêvée par la plupart d’entre-nous ?

Le contraire du Paradis ce n’est pas l’Enfer, c’est simplement la vie, notre vie, la vie de notre famille, la vie de nos enfants.

- Mais qu’est-il arrivé à Enkidou, Professeur. Lui qui vivait aussi comme une bête parmi les bêtes sauvages ?

- Nous le verrons au cours de la prochaine leçon, Axiothée

- Au revoir, Professeur.

- Au revoir, Axiothée.

Retour vers l’École de la Beauté

http://www.beaubiophilo.com/2017/05/ecole-de-la-beaute.html

 

Commenter cet article