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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

L’essentiel :

Des tests de goût seraient-ils un moyen (simple) de prédire la prédisposition d’un individu au Covid-19 ?

Lee et Cohen ont relié la sensibilité d’un Récepteur à l’amertume, le TAS2R38, à la prédisposition à des infections respiratoires et des rhino-sinusites chroniques , ainsi que des caries dentaires.

Les Brocoli-Beurk ont une extrême sensibilité à l’amertume du brocoli (plus exactement à son principe amer, le phénylthiocarbamide)
... et sur-expriment le TAS2R38.

 

Les Brocoli-Beurk  seraient-ils plus prédisposés à une infection par le SARS-CoV-2 ? comme cela a été observé chez les Indiens navajo ?
Bien qu'ils ne représentent qu'une minorité de la population, les Brocoli-Beurk sont aussi ceux qui développent les formes les plus sévères du Covid-19.

En plus de la prédisposition au Covid-19, un test de goût permettrait-il de prévoir l’efficacité d’un médicament ? 

 

À l’inverse, les Brocoli-Miam, les Fumée-de-tabac-Miam ou des Schweppes-Miam, ou encore les Concombre-Beurk, exprimeraient-ils préférentiellement d’autres récepteurs à l’amertume ? et seraient-ils moins prédisposés au Covid-19 ? Une thérapie précoce serait-elle plus efficace sur eux ?

« Nous ne sommes peut-être pas tous égaux devant le SARS-CoV-2, mais en identifiant le pourquoi de ces inégalités, on pourra tenter de les atténuer. » Loïc Mangin

 

Rappel : mon objectif est de présenter des hypothèses de travail différentes à la communauté scientifique

Dépistage ou prédisposition ?

Les tests de dépistage au coronavirus, même parfaitement réalisés, ne sont-ils pas une illusion ?

Une personne testée positive à 10 h 40 peut être contaminée à 11 h 10.

L’évaluation de prédispositions ne serait-elle pas préférable ?

Le goût permettrait-il cette évaluation ?

Par exemple : une personne qui est dégoûtée par le 6-n-propylthiouracil (substitut moins soufré de la phénylthiocarbamide du Brocoli ) aurait une prédisposition à contracter le Covid-19, notamment avec une pneumonie sévère.

À l’inverse les personnes supportant l’amertume de la fumée de tabac ou celle du Schweppes serait moins « à risque »; de même que les réfractaires au goût du Concombre.

 

 

Il s’agirait seulement de prédispositions car l’expression des récepteurs à l’amertume est très polymorphe, c'est-à-dire très différente d’un individu à l’autre.
Ne dit-on pas « des goûts et de couleurs ça ne se discute pas » pour montrer la différence de perception des goûts !

"de gustibus et coloribus non disputandum

Des récepteurs à l’amertume partout dans le corps

Voir Récepteurs à l'amertume. TAS2R. Les diversités

Les récepteurs à l’amertume, les TAS2R, sont présents à la surface de nombreuses cellules humaines.

Bien qu’ils aient des propriétés communes, leur activation produit des effets très différents.

- Sur la langue, ils nous informent sur le goût.

- Dans les tissus épithéliaux, comme ceux des voies aériennes, (trachea, lungs), les TAS2R deviennent un système immunitaire inné qui peut provoquer une destruction de bactéries, et de virus.

- Chez les macrophages, les TAS2R peuvent provoquer une action anti-inflammatoire.
 

Goût et Covid-19

Il a été observé que de nombreux malades du Covid-19 « perdent le goût" (au moins en Europe).

« Sur les 417 malades européens interrogés, des malades non graves pris au hasard, près de 9 sur 10 ont perdu en partie voire complètement l’odorat ou le goût. » étude reprise par France TV info

 

L'article précise que l’étude a porté sur des « malades non graves »

À l’inverse, les malades susceptibles de développer une forme grave de Covid-19 ont-ils gardé une sensation d’amertumes particulières ?

Si oui, quelles amertumes ?

Rhino-sinusite et TAS2R38

 

Lee et Cohen ont relié la sensibilité d’un Récepteur à l’amertume, le TAS2R38, à la prédisposition à des infections respiratoires et des rhino-sinusites chroniques.

Voir L'amertume, sentinelle du système immunitaire

et Role of the bitter taste receptor T2R38 in upper respiratory infection and chronic rhinosinusitis

Robert Lee et Noam Cohen précisent : « Le fait que les variants génétiques des récepteurs de l’amertume soient si nombreux rend leur rôle dans l’immunité encore plus intrigant. La plupart des 25 récepteurs présentent des variations génétiques qui augmentent ou diminuent leurs capacités. Les personnes qui en sont dotées sont ainsi plus ou moins sensibles aux substances amères. »

"Il existe plusieurs variants de la protéine humaine T2R38, dus à de légères différences (des polymorphismes) dans la séquence du gène qui code la protéine."

 

Ce qui a conduit Lee et Cohen à proposer :

- l'utilisation de tests gustatifs (et/ou de génotypage) pour prédire la sensibilité à l'infection. (voir mes hypothèses de Tests prédictifs par le goût ?)

- des thérapies dirigées vers le TAS2R38  (voir aussi mes hypothèses

Goûter. L’amertume pour soigner les Brocoli-Beurk)

 

 

Les Brocoli-Beurk

Au début des années quatre-vingt-dix, la spécialiste en psychologie expérimentale, Linda May Bartoshuk a défini les supertasters

 

Le terme pourrait laisser croire que les supertasters sont très sensibles à tous les goûts, en réalité ils ressentent certains goûts de façon particulièrement intense (hypergueusie).

Plus précisément, ces intensités de ressentis, un peu comme les jeunes enfants, sont une aversion pour les substances amères.

Plutôt que supertasters, je préfère l’appellation :  Brocoli-Beurk.

Voici pourquoi, la molécule à laquelle ils sont extrêmement sensibles est la phénylthiocarbamide qui est la substance amère à contenue notamment dans :

 

- le brocoli Brassica oleracea var. asparagoides

- le choux de Bruxelles Brassica oleracea var. gemmifera

… ainsi que d’autres plantes de la famille des Crucifères

 

Ceux qui aiment les brocolis sont les Brocolo-Miam

L’histoire raconte que l'observation de cette hypergueusie daterait de 1931, quand Arthur Fox, un ingénieur chimiste de chez DuPont, remarqua que certaines personnes ressentaient la phénylthiocarbamide comme étant très amère alors que d'autres individus la décrivait comme sans goût ou ayant un autre goût

(à cette époque, et encore un peu plus tard, tous les chimistes indiquaient les qualités organoleptiques dans la listes des propriétés des substances sur lesquelles ils travaillaient, y compris le goût ! Ils goûtaient tout !)

Selon les travaux de Nicole Garneau et ses collègues du Museum of Nature and Science (Denver, Colorado) parus dans Frontiers in Integrative Neuroscience en 2014

… il semble que cette grande sensibilité des Brocoli-Beurk ne corresponde pas à un plus grand nombre de papilles sur la langue, mais au polymorphisme particulier d'un récepteur à l’amertume  : TAS2R38

 

(Comme le montre la figure, le polymorphisme est très large.
Sur cette figure.
PROP est la substance amère testée ici : le propylthiouracil, moins soufré et plus acceptable que le phénylthiocarbamide )

 

Ces expressions de TAS2R38 auraient une origine génétique précise, mais c’est une autre histoire !

Notons que revoici donc le TAS2R38 de la rhino-sinusite de Lee et Cohen !

Or quel est le TAS2R qui est activé par la phénylthiocarbamide ?

TAS2R38

et la phénylthiocarbamide n’active que le récepteur TAS2R38 !

Et pour le propylthiouracile utilisé par Nicole Garneau ? idem : TAS2R38

 

Par contre, ni la chloroquine, ni l’azithromycine, ni le camphre ni la chlorpromazine ne semblent pas activer TAS2R38

(voir § Exclusion)

 

Les Brocoli-Beurk sont aussi les plus prédisposés au surpoids, voire à l’obésité
 

Voir : Amertumes. Obésité ? Covid-19 ? 01

 

Caries dentaires

Les prédispositions à des troubles de santé semblent s’étendre à une autre entrée des voies aériennes, celle de la bouche et des dents.

Amitha Hegde et Akhilesh Sharma du Mémorial Institut des Sciences Dentaires (Karnataka, Inde) que la sensibilité à l’amertume « du brocoli » chez les enfants est un outil de dépistage précoce à la fois au risque d’obésité et des caries dentaires.

L’observation de caries permettrait-elle de prédire la prédisposition à des formes sévères du Covid-19, ou d’autres maladies infectieuses ? Lesquelles ?

TAS2R10 présent. TAS2R38 absent

En 2011, dans une étude portant à la fois sur des cultures de cellules humaines et des trachées (de souris) Stephen Liggett et ses collègues de l’Université du Maryland (Baltimore, USA) ont identifié les récepteurs à l’amertume présents sur des muscles lisses intervenant dans la broncho-dilatation.

J’ai converti les valeurs en pourcentage du total pour mieux montrer l’importance relative de chaque récepteur TAS2R

TAS2R10      : 21%                     du total  (en réalité 21 ± 5, etc.)

TAS2R14      : 18%

TAS2R31      : 18%

TAS2R5       :   9%

TAS2R4       :   8%

TAS2R19      :   7%

TAS2R3       :   4%

TAS2R46         1%

….

TAS2R7       : non détecté

….

TAS2R38      : non détecté

TAS2R39      : non détecté

 

Je reviendrais sur cette très riche publication plus tard, dans un autre article, mais deux observations sont ici essentielles

 

TAS2R10 est la cible principale des substances amères, ici dans les muscles des voies aériennes (d’autres publications ont largement confirmé),
 

2° Le TAS2R38 est non détecté. Ce qui laisse présumer que les muscles étudiés par Stephen Liggett ne sont "pas les mêmes" que ceux étudiés par Robert Lee et Noam Cohen. (voir ci-dessus).

C'est-à-dire que ces cellules musculaires isolées par Stephen Liggett n’expriment pas les mêmes Récepteurs à l’amertume que les muqueuses repérées par Lee et Cohen. 

 

TAS2R10 présent. TAS2R38 absent (bis)

En 2019, dans une publication dans Frontiers in Physiology, Philippe Devillier et ses collègues de l’Université Paris-Saclay montrent que les macrophages pulmonaires humains étudiés peuvent exprimer les TAS2R38, mais

« L’analyse croisée des résultats suggère l’implication de TAS2R3, 4, 5, 9, 10, 30, 39, 40 et, possiblement, celle de TAS2R14. »

1° Des TAS2R impliqués sont activables par la chloroquine, l’azithromycine, la colchicine et le paracétamol.

2° Nouvelle absence de TAS2R38 parmi les récepteurs à l’amertume impliqués, au moins dans macrophages étudiés.

 

Par ailleurs, la même équipe conclut

 « Les TAS2R peuvent constituer de nouvelles cibles médicamenteuses dans les maladies pulmonaires obstructives inflammatoires. »

Voir : Comment agit la chloroquine ? Comme d’autres substances amères ?

Exclusion, Prédominance

L’expression, et l’activité, du TAS2R38 exclut-elle l’expression, et l’activité d’autre Récepteurs à l’amertume comme TAS2R10, TAS2R4, … ?

Exclusion toute relative en raison du polymorphisme. Il s’agirait d’une surexpression, d'une prédominance statistique de TASAR38.
Mais …

… les Brocoli-Beurk seraient-ils plus particulièrement touchés par l'exclusion (la sous-expression) de TAS2R10, TAS2R4, ... ?

Les individus présentant une pathologie de rhino-sinusite chronique seraient-ils plus particulièrement touchés par cette exclusion ?

Interrogations/hypothèses

 

Que les individus expriment différemment les TAS2R, est une conséquence du polymorphisme  ! c’est la différence entre les individus,

MAIS, il est possible faire deux hypothèses :

 

1°  les mêmes TAS2R sont-ils exprimés à la surface de toutes les cellules de tout les corps ?

Les cellules de la langue comme celles des voies respiratoire (hypothèse de Robert Lee et Noam Cohen) ?

Les cellules de la langue comme celles des muscles des poumons (voir Stephen Liggett ci-dessus) ?

... comme celles de l’épiderme, comme celles des cellules adipeuses (mais ce sont d'autres histoires !)

 

2° ou bien sont-ils différemment exprimés selon les organes ?

 

Acceptons la première hypothèse.

C’est aussi l’hypothèse partagée avec Lee et Cohen, pour lesquels les personnes ne supportant pas le phénylthiocarbamide (les Brocoli-Beurk) sont aussi celles qui ont le plus de risque de rhino-sinusite chronique.

 

J'ajoute également la nuance suivante : presque les mêmes TAS2R seraient  présents partout dans le corps mais ils pourraient être soumis à différents activateurs ou modulateurs ... mais c'est une autre histoire, par exemple pour l’épiderme voir Chosmo epidermis 05. La cellule de Langerhans : un fin diplomate ?)

 

Tests prédictifs par le goût ?

 

Partons donc de l’hypothèse de travail que les mêmes récepteurs à l’amertume TAS2R sont présents et impliqués 

- sur la langue

- et dans les voies aériennes (poumons et voies respiratoires)

(même si selon la cellule à la surface de laquelle les récepteurs à l’amertume sont placés, l'activation des TAS2R provoquent des réponses très différentes, voire inverses

 

Prévision de l’efficacité d'un médicament ?

Comme le préconisaient Lee et Cohen pour la rhino-sinusite chronique, serait-il possible de prévoir l’efficacité de médicaments ?

Compte tenu des grandes différences individuelles (polymorphisme des TAS2R), le degré de sensation à l’amertume de la chloroquine (activation notamment de TAS2R10), serait-il un pronostic sur l’efficacité de ce médicament ?

De même pour l’azithromycine, la colchicine et le … camphre ?

Et le ...  paracétamol, même si son effet est modeste.

 

 

Les pharmaciens galénistes (ceux qui mettent en forme un médicament pour lui donner sa meilleure efficacité) disposent de tests permettant de repérer avec précision ces seuils (ils les utilisent pour masquer l'amertume des sirops)

Par exemple, le seuil de reconnaissance de l'amertume la quinine est de 3 ppm [ppm = une partie par million, c'est-à-dire que l’amertume de la quinine est reconnue quand il y a un gramme de quinine pour un million de grammes d’eau, c'est-à-dire un gramme pour mille litres]

Prédiction de la sensibilité au Covid-19

 

Un simple test de goût, par dilution de substances amères, pourrait-il prévoir la prédisposition d’un individu au coronavirus ?

Le problème du TAS2R38 et des Brocoli-Beurk

La dominance TAS2R38, (voir § Exclusion) rendrait-il les individus plus prédisposés au Covid-19 ?

Les Brocoli-Beurk révulsés par l’amertume du phénylthiocarbamide seraient-ils plus sensibles au Covid-19 ? et surtout auraient-ils davantage de risques de complications pulmonaires ?

 

Un test de goût permettrait-il de prendre en charge différemment les malades du Covid-19 ?

Environ neuf sur dix des individus atteints par le Covid-19 perdent le goût (voir § Goût et Covid-19)

Les 10% restants ont-ils une sensibilité conservée ? Ces individus ont-ils une sensibilité particulière au phénylthiocarbamide ? Sont-ils des Brocoli-Beurk ?

 

1° Interroger les patients sur leur répulsion pour le brocoli permettrait déjà un premier indice.

Ce simple indice pourrait-il orienter immédiatement vers une thérapie, ...  spécifique (qui accepterait le principe de la diversité des populations humaines ?

2° Les personnes qui "ne peuvent pas avaler le brocoli" (etc.) doivent être particulièrement prudentes et suivre scrupuleusement les consignes

- les 5 gestes "barrière"

 

- Porter un masque respiratoire de protection (à droite), bien ajusté, qui bloque les particules présentes dans l’air inspiré.

Le masque chirurgical (à gauche) empêche juste que les postillons de son porteur se dispersent dans l’environnement, il est insuffisant pour les Brocoli-Beurk.

Dessin emprunté à Comment fonctionnent les masques de protection respiratoire Pour la Science mai 2020

Brocoli-Beurk et Covid-19

D’après Wikipedia reprenant les travaux Denis Drayna des Instituts nationaux de la santé de Rockville (Maryland, USA)

 

- Les populations les moins sensibles au phénylthiocarbamide (c'est-à-dire  les Brocoli-Miam) seraient les « indigenous peoples of New Guinea ».

Or :

Il y aurait 5 cas de Covid-19 et 1 mort en date du 23 avril 2020 en Papouasie Nouvelle Guinée pour 8,6 millions d’habitants,

 

- les populations les plus sensibles au phénylthiocarbamide, les Brocoli-Beurk, seraient les « indigenous peoples of the Americas. »

Or :

Corine Lesnes publiait le 24 avril 2020  dans Le Monde :

« Aux Etats-Unis, les Indiens navajo touchés de plein fouet par l’épidémie

La tribu indienne est au troisième rang américain pour le taux de contamination, derrière New York et le New Jersey. »

 

Ces différences sont-elles des pures coïncidences ou les « indigenous peoples of New Guinea » expriment-ils moins de TAS2R38 que les « indigenous peoples of the Americas. » ?

 

« Nous ne sommes peut-être pas tous égaux devant le SARS-CoV-2, mais en identifiant le pourquoi de ces inégalités, on pourra tenter de les atténuer. »

 

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