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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

  Celle/Celui-qui-veut-bronzer

 

Dans un article de L’Express Style, Camille Moreau pose la question suivante à un dermatologue de Caen dont, par courtoisie, je préfère taire le nom.

« Pour beaucoup, la préparation de la peau s'impose comme la solution pour préserver sa peau des effets néfastes du soleil. Mais est-ce vraiment utile et efficace? »
Si la question est légitime, le choix d’un professionnel de santé l’est moins.

La nocivité du soleil est devenue progressivement le dogme absolu. Quand il était encore naissant, il y a plus de …vingt cinq ans, avec des conférences, des écrits, des interviews j’avais dénoncé cet absolutisme. Inutilement. Pourtant, je n’étais pas le seul, des deux côtés de l’Atlantique, et de la Manche, nous avons crié. Inutilement.
Nous avons crié que le bronzage appartient à la beauté et au plaisir. Sans trop d’espoir je crie de nouveau.

Celui-qui-veut-bronzer n’est pas un patient dans la salle d’attente d’un médecin. Celui-qui-veut-bronzer ne se trouve pas non plus chez un pharmacien, à moins que sa recherche se situe entre les linéaires de la parapharmacie.

La motivation de Celui-qui-veut-bronzer est esthétique, pas médicale. Comme homme ou femme responsable, ce sont les conseils de professionnels de la Beauté que doit rechercher Celui-qui-veut-bronzer.

Paraître

D’ailleurs, Camille Moreau donne immédiatement le juste ton : « Si l'été n'est que dans quelques mois, on se prend à rêver de promenades sur la plage, de soleil et teint hâlé. »
Même s’il ne le ressent que confusément, à travers l’esthétisme de son hâle, la motivation de Celui-qui-veut-bronzer est :

- paraître appartenir à une classe sociale qui peut s’offrir des vacances. Ce qui reste vrai même s’il est lointain le temps où Coco Chanel s’exposa le visage à Deauville, en gardant ses gants.

 

- paraître en bonne santé. Avoir bonne mine. On bronze moins au fond de son lit d’hôpital que sur une plage. Et cela ne date pas d’hier : « La coloration du visage est toujours un indice de bonne santé » écrit Raymond V. dans Études hygiéniques sur la santé, la beauté et le bonheur des femmes, en 1841.

- paraître plus jeune. En vieillissant, on perd progressivement ses mélanocytes, on bronze de moins en moins, ou de moins en moins facilement, des taches blanches, ou brunes apparaissent. C’est particulièrement vrai pour la femme ménopausée, sans THS.

- paraître participer à cette période de plaisir que sont les vacances au soleil.

- paraître plus beau. Évidemment !

 

 

 

 

 

 

 

- paraître plus mince. Les femmes bronzées sont jugées plus minces de 3,5 kilos (en moyenne), d’après une étude britannique

 

 

 

- paraître avoir une meilleure vie sexuelle, d’après la même étude britannique.

- etc.

Phototypes

Celui-qui-veut-bronzer est volontaire pour bronzer, mais en a-t-il la possibilité ?
Les humains sont inégaux devant le soleil. En partant de la demande esthétique, je ne distingue que trois phototypes :

- Celui qui ne bronze jamais, mais brûle toujours. Ce phototype est souvent classé par les cliniciens comme phototype I, parfois comme Celtique, à la peau laiteuse. Il est simplement Celui-qui-ne-peut-pas-bronzer, même s’il le voulait. Il lui reste la magie aléatoire des auto-bronzants.

- Celui qui peut bronzer, mais doit d’abord brûler. Avant de bronzer sa peau n’est pas pigmentée, ou insuffisamment pigmentée pour satisfaire son paraître. C’est dans cette seule catégorie que se situe Celui-qui-veut-bronzer, puisqu’on peut voir la différence avant-après l’exposition.

- Celui dont la pigmentation ne change pas de manière visible après qu’il se soit exposé au soleil. À quoi cela lui servirait-il de bronzer puisque son hâle ne se verrait pas ? Pour lui, c’est souvent l’inverse qui peut être recherché, en effet, dans certaines populations à peaux pigmentées, celle des jeunes enfants est moins pigmentée que celle des adultes ; tout naturellement, dans ces sociétés, la peau plus claire est considérée, surtout pour la femme, comme un critère de jeunesse donc de beauté, c’est la cas aujourd’hui, par exemple, en l’Inde, et jadis, dans l’Égypte des pharaons, dans les empires Ottoman ou Inca. Chacun sa culture, toutes aussi légitimes et respectables, mais Celui-qui-veut-bronzer ne fait par partie de ces sociétés !

Cellules de l’épiderme.

L’épiderme, la partie la plus extérieure de la peau, est un empilement de cellules : les kératinocytes. Dans la « couche cornée », la partie la plus extérieure de l’épiderme, celle que l’on peut toucher, les kératinocytes ne sont plus que des sacs desséchés. Par contre, sont bien vivants ceux de la couche la plus profonde, celle qui est en contact avec le derme. C’est dans cette couche, la « couche basale » que se forment les nouveaux kératinocytes. En se multipliant, ils « repoussent » les anciens vers la couche juste au dessus où se préparent les modifications qui finalement vont aboutir à la couche cornée.  

C’est parmi les kératinocytes de la couche basale que sont insérés les mélanocytes. Sollicitée par les UVB, ces cellules injectent les pigments du bronzage dans les kératinocytes à l’aide de dendrites, longues excroissances que l’on retrouve aussi chez les neurones.

Ces pigments, les mélanosomes, sont des grains de protéines réticulées sur lesquelles la mélanine est fixée.

Sans structure protéique, pas de pigment et pas de bronzage. La mélanine seule, n’apporte pas de pigmentation, juste une coloration éphémère, un peu comme celle du bronzage immédiat (voir dans une prochaine section).

Anecdote.1 :  Celui-qui-veut-bronzer n’a pas toujours eu la peau claire. Jadis, tous les Homo sapiens avaient la peau pigmentée. L’un d’entre eux a dû perdre sa pigmentation, il y a 30 000 ans selon certains, pour d’autres cette mutation aurait commencé il y a 245 000 ans, au moment du grand chambardement génétique.
Un Homo sapiens dont la peau a perdu sa pigmentation peut en avoir conservé des vestiges. Si sa chevelure est restée noire, c’est qu’elle a conservé dans chacun de ses cheveux des mélanosomes identiques à ceux de ses lointains ancêtres à peau pigmentée. Même si sa chevelure est claire, ses poils axillaires (sous les aisselles) et pubiens peuvent contenir des grains de mélanine gros et stables, de même, la peau de ses parties les plus intimes peut être pigmentée. Ce vestige peut même se limiter à une simple bordure noire des petites lèvres de la femme à la peau non pigmentée. (pas d’illustrations !)

Les deux Bronzages

Le bronzage immédiat, celui qui commence environ deux minutes après l’exposition, est provoqué par une modification simplement physico-chimique des mélanines préexistantes, sous l’action de radicaux libres photo-induits. Ce bronzage est « immédiat » mais ne persiste que quelques heures. Il donne une marque floue de la zone d’exposition ; pas de trace du maillot avec le bronzage immédiat ! Il protège peu des expositions ultérieures, même si l’indice est d’environ, à son maximum, de 3, ce bronzage est tellement éphémère qu’il rend illusoire toute protection contre le Coup de soleil.
Le bronzage immédiat est le premier qui apparaît après l’exposition au soleil. C’est aussi celui acquis par une longue marche par temps couvert, nuageux ; ou celui de la sortie des Cabines d’UVA.

Le bronzage différé. C’est celui que recherche Celui-qui-veut-bronzer, et bien entendu, qui peut bronzer. Le bronzage différé nécessite une exposition suffisante aux UVB, par exemple une demi-heure à Biarritz au mois de juin, vers midi. La peau devient rouge (érythème qu’il ne faut pas confondre avec le coup de chaleur provoqué par les Infrarouges, sachant que les Infrarouges sont bénéfiques au bronzage), la peau est légèrement « brûlée ». Cette agression, cette « brûlure » provoque un réveil des mélanocytes. Le réveil est brutal, la machinerie de la mélanogenèse se met immédiatement en route mais le bronzage commence à apparaître qu’environ quatre jours après l’exposition. Il atteint son maximum au bout de huit jours.
Le réveil est brutal, et pour accélérer l’injection des mélanosomes dans les kératinocytes, le système immunitaire général baisse la garde, ce qui fragilise l’organisme dans son ensemble, et peut se traduire chez Celui-qui-commence-son-bronzage par une poussée d’herpès, ou même une gastro-entérite s’il a l’imprudence de manger une glace juste après la sortie d’un bain de mer un peu frais.
Pas de « brûlure », pas de bronzage. Une exposition de seulement un quart d’heure, au lieu d’une demi-heure, peut aussi donner une petite rougeur mais sans réveil suffisant des mélanocytes, donc Celui-qui-veut-bronzer ne verra pas apparaître l’espéré bronzage résiduel. Pas de bronzage sans « brûlure », même si celle-ci est insensible.
La pigmentation du bronzage différé laisse une trace nette entre la zone exposée et non exposée. La trace du maillot persiste pendant environ un mois.
L’exposition qui provoque le bronzage différé provoque également un épaississement de la couche cornée. L’ensemble, couche cornée épaissie plus pigmentation, confère une protection correspondante à un indice compris entre 5 et 10, selon les individus. C'est-à-dire que Celui-qui-est-bronzé peut s’exposer 5 à 10 fois plus longtemps au soleil sans prendre un Coup de soleil. Celui-qui-est-bronzé peut donc rester, avant le Coup de soleil, environ deux et cinq heures au soleil de Biarritz en juin, ce qui est souvent suffisant. Chacun connaît le climat très agréable de la Côte Basque.

Dans le langage commun, le Coup de soleil, est une brûlure provoquée par l’exposition imprudente au soleil. La peau devient douloureuse, les cloques (phlyctènes) peuvent apparaître ainsi qu’un état fiévreux. L’exposition, sans protection, d’environ une heure à Biarritz au mois de juin vers midi provoque un Coup de soleil. Calculée en unité de Coup de soleil, disons que la machinerie du bronzage se met en route pour la moitié d’un Coup de soleil !

Suite : Le soleil protecteur

Peau blanche

http://www.beaubiophilo.com/2017/06/la-beaute-au-soleil.2-le-soleil-protege.html

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