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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

- Bonjour Professeur.

- Bonjour Axiothée.

- Aurions-nous encore une actualité sur laquelle nous devions nous arrêter, Professeur ?

- Il y en aurait toujours, Axiothée, mais nous devons continuer d’avancer vers le troisième niveau de la Beauté, et pour t’y préparer nous allons faire un petit saut dans le passé. Et nous intéresser à une moitié de l’humanité qui est souvent oubliée, au moins quand il s’agit de Beauté …

- … ?

- L’homme, Axiothée. Il existe un vêtement masculin qui nous permettra progressivement de commencer à comprendre à quoi sert la Beauté.

- … ?

- Il s’agit de la chemise blanche.

- La chemise blanche est la marque de l’homme élégant.

- L’élégance. Oui, Axiothée, mais ce fut d’abord bien davantage qu’une marque d’élégance. Pour le comprendre, projetons-nous au moment où les chemises blanches sont apparues, c'est-à-dire dans le Paris du XIXème siècle, ou toute autre métropole de cette époque.

- Je vous suis, Professeur.

- Sais-tu, Axiothée, quelle était la source d’énergie de cette époque ?

- Le charbon.

- Très bien, Axiothée. Le charbon est brûlé et la fumée se change en suie …

- Paris était-il plus pollué que maintenant ?

- Sans commune mesure ! Les compteurs de particules auraient explosé ! Tous les murs étaient noirs de suie ! Et pas que les murs !

- Les chemises aussi, j’imagine !

- Les chemises et plus particulièrement les cols de ces chemises ! Un homme élégant devait changer de chemise deux fois par jour, voire trois s’il était invité chez Madame Verdurin.

- … ! Professeur, feriez-vous allusion au Swann de À la recherche du temps perdu !

- Je constate avec plaisir, Axiothée que tu as lu Marcel Proust.

- Mais, Professeur, la chemise blanche est la plus salissante ! Celle sur laquelle la saleté est la plus visible !

- Justement, Axiothée. Blanche, la chemise sous-entendait que Swann possédait suffisamment de chemises pour effectuer un roulement entre celles qui étaient portées et celles qui étaient à la blanchisserie. Et le comble du raffinement étant de les faire blanchir tous les mois à Londres.

- Si je calcule bien, Professeur, Swann devait posséder une centaine de chemises pour être impeccable pendant un mois !

- Peut-être pas cent, mais il n’est pas extraordinaire d’avoir une cinquantaine de chemises dans sa garde robe, si on en croit les inventaires établis par les notaires. Cinquante suffisaient, car l’élégant n’allait pas tous les soirs chez Madame Verdurin, ou à l’Opéra.

- Donc, Professeur, cette élégance était une marque sociale ? Mais que portaient donc les autres hommes, ceux qui n’avaient pas les moyens financiers du héros de Marcel Proust ?

- Les autres, les Cols bleus, portaient des chemises grises ou … bleues, qu’ils changeaient une fois par semaine. Un petit foulard, appelé mouchoir de cou, préservait, un peu, le col de la saleté et évitait de laver la chemise, il suffisait de laver le mouchoir.

Les Cols blancs, les employés, utilisaient des cols détachables en coton, ou en celluloïd dont la saleté pouvait se gommer ou se passer à la craie.

 

- Vous nous avez entraînés au temps de Marcel Proust, Professeur, mais les présentateurs de télévision continuent de porter des chemises blanches.

- Et une cravate, ce qui leur permet d’accrocher leur micro !

- Vous aussi, Professeur, vous portez une chemise blanche !

- Moi, Axiothée, cela fait partie de mon déguisement de vieux professeur, comme le nœud papillon. La chemise blanche a conservé un certain prestige social, un prestige résiduel.

- Résiduel ?

- La suie sur les bâtiments, et sur cols des chemises, durèrent jusque dans les années soixante dix. Pendant un temps, les Parisiens adoptèrent pour se chauffer des poêles à mazout, dont les fumées chargées de soufre rongèrent le zinc de tous les toits. La fée électricité, et le chauffage au gaz, sauvèrent enfin les murs de la suie, le zinc des toits … et les cols de chemises.

Mais ce sont d’autres facteurs qui provoquèrent la fin des chemises blanches. Elles commencèrent à être fabriquées à bas coût en Tunisie, en Chine…, elles devinrent donc accessibles à toutes les bourses.

De son côté, la chimie inventa de nouvelles fibres qui facilitèrent le repassage, voire le rendit superflu. Les arts ménagers proposèrent des lave-linge, il n’était donc plus nécessaire d’un posséder des dizaines de chemises, trois ou quatre suffirent pour en avoir toujours une de propre et repassée.

S’ajouta la révolution de mœurs des années soixante-dix, si les filles étaient en mini-jupes, de leur côté, les garçons, Antoine et les Yéyés en tète, adoptent la chemise à fleur.

- Tout en continuant de marquer une élégance, résiduelle, la chemise blanche cessa d’être une marque sociale.

- Bonne conclusion, Axiothée.

 

Retour à l’École de la Beauté

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