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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

 

La chute de Rome a toujours fasciné

 

En philosophe des Lumières, Montesquieu s’interrogea dans des Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence.

 

 

 

Pour Kyle Harper (Le climat, les maladies et la chute de Rome, La Découverte, 2019) les considérations sont plus restreintes et « collent » plus à l’actualité. Des changements climatiques auraient provoqué des maladies qui elles-mêmes auraient conduit Rome à sa chute.

Chacun sa philosophie ...

Des fouilles réalisées il y a quelques années dans des catacombes romaines donnent corps à cette hypothèse.

Voir Rome, ville ouverte... aux

épidémies

De son côté, Chateaubriand rapporte ces épidémies pendant le siège de Rome par Alaric qui « ferma le Tibre : la famine et la peste désolèrent les assiégés »

 

Il y a quelques années, bien après Chateaubriand, les "invasions barbares" avaient été remises au goût du jour et présentées comme les « grandes invasions » 

(poussées par les Huns) ...

.... ou, de l’autre côté du Rhin : la « migration de peuples » (Völkerwanderung).
Chacun son point de vue.

Au gré de l’actualité du moment, les responsables furent aussi :

 

- une administration pléthorique donc tatillonne (voir aussi ci-dessous le texte de Montesquieu)

 

- une éducation bien trop élitiste (déjà une méritocratie !?)

 

- le saturnisme par les canalisations en plomb.

 

- une balance commerciale déséquilibrée (et des inégalités sociales croissantes)

 

Et pour revenir à Montesquieu, il faut ajouter les taxes.

Le texte du chapitre XVIII.

« NOUVELLES MAXIMES PRISES PAR LES ROMAINS. »

mérite d’être cité :

« Il n’y a point d’État où l’on ait plus besoin de tributs que dans ceux qui s’affaiblissent ; de sorte que l’on est obligé d’augmenter les charges à mesure que l’on est moins en état de les porter. Bientôt, dans les provinces romaines, les tributs devinrent intolérables.

Il faut lire dans Salvien les horribles exactions que l’on faisait sur les peuples.

[allant jusqu’à couper le nez des contribuables récalcitrants]

Les citoyens, poursuivis par les traitants, n’avaient d’autre ressource que de se réfugier chez les Barbares … »

 

Se réfugier chez les Barbares !

La « migration de peuples » était donc à double sens ! L'une croisait les migrations fiscales des autres.

 

Les Paradis fiscaux étaient chez les Barbares  !

 

Il y eut des révoltes fiscales, par exemple à Antioche.
Les mécontents occupaient-ils des ronds-points sous la bienveillante protection d’Hermès, dieu des carrefours    

Montesquieu pensait bien entendu aux « horribles exactions » fiscales de son époque, mais n’avez-vous pas fait le rapprochement avec le pays le plus taxé d’Europe ?

 

 

Avec l’intolérance (voir ci-dessous), les enfers fiscaux (ici celui de Dante) sont-ils les prémices irréversibles de la chute d’une civilisation ? 

 

Intolérance religieuse 

 

La chute de l’empire romain (d'Occident) ne serait-elle pas aussi/surtout la conséquence de l’intolérance religieuse, et philosophique.

"... humiliez-vous, et reconnaissez le néant des empires !" Chateaubriand

Dans l’édit de Thessalonique, l'empereur romain Théodose Ier proclame :

« Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l'infamie de l'hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d'églises et ils seront l'objet, d'abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adoptée suivant la volonté céleste. »

 

 

L’édit fut signé en 27 février 380, à Thessalonique,

... et trente cinq ans plus tard, Alexandrie, Hypatie fut châtiée et même lynchée.

 

... et en 476, l’Empire Romain d’Occident cessa d’exister.

 

 

 

 

La puissance d’un empire est dans sa diversité.

 

Les « déments et insensés » étaient nombreux.

 

 

D’abord tous les Polythéistes, relégués au rang de « Païens », c'est-à-dire de paysans (qui avaient conservé le culte de leurs ancêtres)

avec toute la connotation péjorative que cela impliquait de la part des Chrétiens urbains.

 

(Les paysans de l’Âge d’or peints par Virgile dans ses Géorgiques n’étaient qu’un idéal philosophique, et politique à la gloire d’Auguste.)

 

Ensuite, il y avait les Ariens, ces Chrétiens qui n’acceptaient pas le Mystère de la Sainte Trinité.

 

 

 

Enfin, et tout aussi « déments et insensés », étaient tous les philosophes : les épicuriens, les néo-platoniciens, …,  et les stoïciens, même si la philosophie de ces derniers fut largement récupérée plus tard par les clercs chrétiens.

Les Chrétiens n’étaient encore qu’une petite minorité dans l’Empire.

 

Quelle motivation les autres Romains (la majorité), les « déments et insensés », auraient-ils eu de défendre un empire et un empereur qui ne pensait qu’à les châtier ?

 

Pour plagier Kyle Harper : L’histoire des civilisations est encore et toujours le déroulement d’un drame de l’intolérance.

 

 

L’« écrasez l’infâme » de Voltaire était déjà d’actualité du temps de Théodose !

 

Il aurait pu en être autrement.

 

Voir La Tolérance de Constantin et de Julien

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