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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

L’intolérance de Théodose a provoqué la Chute de Rome,

pourtant, …

... il aurait pu en être autrement.

 (nous allons voir aussi comment, pendant le Concile de Nicée, la position sociale des femmes se confondit avec la position des évêques pour minimiser, un peu, le poids du patriarcat) 

Conscient que la diversité est la puissance d’un empire, Constantin avait bien spécifié autour de lui que s’il devenait Chrétien, c’était à titre privé.

Un premier songe avait permis à Constantin de se convertir… et de gagner la bataille du pont Milvius.

 

Jadis, pragmatique, le vaincu adoptait la religion du vainqueur. Pour les contemporains de Constantin, il sembla donc conforme à la tradition qu’il adopte la religion de Celui qui lui avait donné la victoire.

(Encore aujourd’hui, les vaincus économiques n’adoptent-ils pas le capitalisme ?)

 

Fin politique, Constantin montra son génie en utilisant un autre songe : l’apparition simultanée de Saint Pierre et Saint Paul.

 

Il unifiait l’inconciliable : les Évangiles et les Épîtres pauliennes.

Inconciliables, ils le sont notamment par le statut des femmes.

 

Dans les Évangiles, il est plus important pour Marthe et Marie d’écouter la parole de Jésus que de s’occuper « à divers soins domestiques » (Luc 10.39 et suivants)

 

À l’opposé, l’injonction de Paul est claire : « Femmes, soyez soumises à vos maris » (Épîtres aux Éphésiens 5.22)

 

 

Ce n’est sans doute pas un hasard si les Éphésiens chassèrent Paul de leur ville mais accueillirent Jean l’Évangéliste (ou celui de l’Apocalypse ?) ...

 .... accompagné de Marie, la mère de Jésus. Elle a encore son tombeau à Ephèse, vide bien entendu puisque son Assomption l’a soustraite au monde terrestre. 

 

Jésus et les Évangélistes ne voyaient qu’une réforme, féministe, du judaïsme, une « bonne nouvelle » (évangile, en grec) : « J’attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir », dit le crédo de Nicée.

Paul de Tarse voyait plus loin, depuis les conversions de non juifs à Antioche, il se projetait vers « l’universel » (catholique, en grec).

 

Si elles étaient incompatibles avec l’esprit des Évangiles, les Épîtres de Paul étaient parfaitement compatibles avec l’ordre impérial. Les uns toléraient les autres.

Les Épîtres devaient prendre l’avantage sur les Évangiles et leurs parfums de rébellion …. 

 

 

Son songe le guidait, ...

 

... Constantin, utilisa son autorité pour réunir tous les évêques, ceux d’Orient comme ceux d’Occident, ceux de Bretagne avec ceux d’Égypte.

 

Prudence impériale, l’évêque de Rome, Sylvestre, n'en fut pas partie.

 

Mais ce n’est que pure coïncidence que la Saint-Sylvestre se retrouve le dernier jour de notre calendrier (qui était différent de celui des Romains)

Tous s’enfermèrent à Nicée (Bithynie) pour un concile

 

Ce fut houleux.

Habile manœuvre ? La controverse ne porta pas sur l’inconciliable.

Les Épîtres de Paul furent facilement incorporés aux Livres sacrés de la chrétienté. Sans doute pour appuyer un peu plus du côté patriarcal, la « Bible hébraïque », celle que Jésus voulait réformée, fut également ajoutée.

(sur la mosaïque, Constantin est à la droite du Christ)

 

Selon certains exégètes, l’Apocalypse de Jean trouva sa place pour contrebalancer, un peu, les Épîtres pauliennes.

Peut-être était-ce évident pour les clercs du IVème siècle.   

 

Le credo final fut un chef-d’œuvre consensuel : beaucoup de Paul saupoudré d’un peu de Matthieu (il était difficile d’oublier le Sermon sur la montagne !) et quelques ... Actes de Apôtres.  

 

 

Ce fut houleux. Il y eu des discussions, des altercations et même des gnons.

Nicolas de Myre, le futur Saint Nicolas, gifla Arius.

Ce fut houleux. Mais c’est Arius qui fut la cause de la controverse.

 

Patriarcal, oui, mais pas trop.

Arius et sa primauté du Père sur le Fils mettait le curseur trop loin.

__

La position sociale des femmes se confondit avec la position des évêques.

__

 

 

Les évêques d’Occident étaient habitués à côtoyer dans leurs diocèses des femmes émancipées, aussi bien les Celtes, les Bretonnes, ...

 

... que celles d’Africa, de Numidie et de Cyrénaïque.
Tous ces évêques s’opposèrent à Arius et à l'arianisme.

 

Ils furent rejoints par des « Anatoliens » ...

(le terme n'existait pas encore, mais il situe cette région de l'Empire romain)

... comme Nicolas qui connaissaient parfaitement bien la grande liberté de ses concitoyennes Lyciennes et de la plupart des femmes d’Asie, depuis Éphèse jusqu’à la lointaine Arménie.

La légende des Trois sœurs représentée sur le tableau ci-dessus, une fois remise dans son contexte lycien, nous donnent des informations précieuses sur la liberté des Lyciennes, notamment sur celle de choisir elles-mêmes leur époux (comme les Égyptiennes, etc.…) ,

et d’autres libertés bien plus surprenantes, comme la façon de se constituer une dot, et que Nicolas considérait comme un peu exagérées, c’est le thème de la légende des Trois sœurs
…mais c’est une autre histoire ….

 

Après un voyage par la Lorraine et un relookage par Coca-Cola, Saint-Nicolas le Lycien devint le Père Noël, dont une statue est visible en ... Turquie à Demre, l’actuel Myra !

Mais c’est aussi une autre histoire…

Les fameuses chaussettes qui servent, chez les Anglo-saxons, à recevoir les cadeaux sont bien visibles en bas du tableau.

Savoir pourquoi Nicolas met des pièces d'or dans les chaussettes des trois sœurs stupéfierait plus d'une personne qui fête aujourd'hui Noël !

Et les Syriennes, Libanaises et Palestiniennes, ... ?
Il semble qu’elles bénéficiaient des mêmes libertés que leurs sœurs Égyptiennes et « Anatoliennes ».

Bien plus tard, quand les Croisés débarquèrent en Terre Sainte, ils furent surpris par la très grande liberté des femmes qu'ils croisaient (note : la plupart de ces femmes étaient déjà musulmanes).
« L’évolution » patriarcale est venue plus tard, au moins si on interprète dans ce sens, les travaux d’Emmanuel Todd.  

 

Pour les Égyptiens ce fut partagé, très partagé. D’un côté, il y avait Athanase, l’évêque de choc, et ses amis sensibles à la grande indépendance des Égyptiennes d’origine égyptienne.

Cette liberté fut toujours une grande énigme pour les Grecs : « Comment un peuple aussi civilisé que les Égyptiens pouvait-il avoir des femmes aussi émancipées ? ».

 

 

De l’autre côté, à opposé, il y avait le strict patriarcat grec arrivé avec les Ptolémée (après le partage de l’empire d’Alexandre le grand),

et qu’Arius défendait.  

 

Sur le tableau ci-dessus représentant Athanase, est-ce Arius qui est terrassé, tel un dragon par Saint Michel ?

Par ailleurs, ou complémentaire, pour les Celtes, même devenus Gallo-romains, l’immortalité de l’âme correspondait bien à la religion des druides (voir La religion celtique : une origine orientale ?).

De n’avoir que trois, principaux, dieux : Taran, Toutatis et Ésus, chacun aux attributions plus ou moins floues et chevauchantes, rendait tout à fait acceptable l’abstraction que représente la Sainte Trinité,

(Remarque : Ésus = « Celui qui est bon », toute confusion avec Jésus n’était sans doute pas fortuite)

L’absence, au moins au début de la Chrétienté, de toute représentation d’images des dieux, leur convenait aussi tout à fait.

La représentation du divin chez les Gallo-romains était donc en complet désaccord avec celle des Grecs, donc avec celle d’Arius.

 

à Nicée, Jésus alla s’asseoir à la droite du Père.

La Sainte Trinité devint un des Mystères de la religion catholique.

_ Ceux qui partagèrent le credo de Nicée prirent l’appellation de Nicéens.

 

Considérés comme hérétiques dès le Concile de Nicée, les Ariens  d'Arius partirent évangéliser le Nord de l’Europe. L'arianisme s'y répandit et ainsi furent ariens nombres de Germains. 

 

Paul avait triomphé (post mortem) et Constantin pouvait compter sur les évêques pour tenir fermement son empire, celui qu’il venait de réunifié après la fin de la tétrarchie (= le partage avec Galère, Dioclétien et Maximin Daïa).

 

La diversité passe par la tolérance … réciproque.  

 

 

L’heure était à la tolérance, et à la fin de persécutions stériles qui divisant l’Empire, même jusqu’aux plus hauts degrés.

Avant le Concile de Nicée, en 313, à Milan, Constantin avait confirmé l'édit de tolérance pris en 311 par le (Co)empereur Galère.

 

La décision de celui-ci avait été plus pragmatique que philosophique. Comme Dioclétien et Maximin Daïa, il avait combattu, « l’hydre chrétienne ». N’y parvenant pas, il avait préféré admettre la religion du Christ en signant un édit de tolérance à Nicomédie (en Bithynie, au Nord de Nicée).  

 

Galère aurait pu, par anticipation, reprendre à son compte la définition de la « tolérance » selon Georges Elgozy :

« Faculté de supporter ce que l'on est incapable d'interdire. »

 

Julien, un neveu et un des successeurs de Constantin, inversa les repères en (re)devenant polythéiste, mais en laissant la parfaite liberté religieuse au Romains.

Ce Lutécien d’adoption fut Julien le Philosophe ou Julien l’apostat (le traitre) selon le point de vue.

 

 

(Un autre empereur philosophe, Marc Aurèle, fut un grand pourfendeur de Chrétiens, mais c’est une autre histoire …

« Il y eut ... des martyrs chrétiens. Il est bien difficile de savoir précisément pour quelles raisons ces martyrs furent condamnés » Voltaire. Traité sur la tolérance)

 

 

La tolérance de Constantin et Julien aurait pu continuer, et avec elle l’Empire romain d'Occident.

Unis dans la tolérance, les Romains auraient continué à assimiler des « migrations de peuples »

C’est d’ailleurs, ce qu'ils avaient commencé à se faire,

 

- par des mariages, nombreux entre « Barbares » et Romain(e)s,

« C’est par les femmes que le monde ancien s’unit au monde nouveau : dans ce mariage, dont nous sommes nés, les deux sociétés se partagèrent les sexes : la vieille prit la quenouille, et la jeune l’épée. » Chateaubriand

Nous avons déjà vu comment au Concile de Nicée, La position sociale des femmes se confondit avec la position des évêques.

 

- par des nominations aux plus hauts postes de l’armée :

 Le Franc Arbogast fut le généralissime mis en place par Théodose auprès de Valentinien II. À la mort de celui-ci, c’est le même Arbogast qui proclama Eugène, le tolérant, empereur. (voir article suivant L’intolérance et la chute empire romain. Théodose et la rage d’intolérance)

Le Vandale, par son père, Stilicon épousa la nièce de Théodose et devint son général en chef des armées, puis le précepteur de ses deux fils : Arcadius et Honorius.

 

- réciproquement. Oreste, un aristocrate romain, fut le secrétaire d’Attila et, accessoirement, le père du dernier empereur romain d’Occident : Romulus Augustus

 

- par une assimilation « familiale ». Un chroniqueur romain rapporte que l’on rencontre des Germains dans « toutes » les familles, soit comme esclave, soit comme travailleur libre. Sachant qu’un esclave n’était pas seulement un domestique ou un ouvrier agricole mais pouvait aussi être un secrétaire, un comptable, un précepteur, …

- par des concessions d’une partie de leurs terres par des propriétaires de grands domaines.

 

 

Villa gallo-romaine de Montmaurin (Haute Garonne), vers 350

 

Des Alains venaient du Nord des régions persiques ( ? ) ; certains, ceux qui ne s’étaient pas arrêtés dans le Caucase (Ossétie du Nord), s’installèrent du côté de notre Orléans, d’autres vers Valence.

Des Wisigoths fondèrent de nombreuses cités dans le Sud-Ouest, leurs suffixes rappellent cette origine : Escalquens, Rabastens, Mourenx (? ), … .
Ils ont également laissé de nombreux patronymes : Amalric, Rumens, …

Dans la même région, des Francs ont-ils fondé L’Isle-en-Dodon et l’Isle-Jourdain

 

Tout aurait pu continuer ainsi …

… mais il y eu Théodose et sa rage d'intolérance !

 

 

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