Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Fins politiques, et conscients que la puissance d’un empire est la diversité, Constantin, puis Julien avaient su manier la tolérance.

 

Tout a basculé avec Théodose

 

 

... mais quelle rage a-t-elle conduit Théodose à cette intolérance?

Pourtant, tout avait pourtant bien commencé.

 

Éphèse, Artémis et Athéna 

 

 

 

Théodose voulait faire de son fils Arcadius le futur l’empereur d’Orient.

 

Théodose aurait pu choisir Constantinople pour officialiser sa décision. Mais, l’empereur chrétien honora Éphèse, et ses témoins ne furent pas des hautes personnalités chrétiennes, mais Athéna et Artémis-Cybèle.

 

(J’associe Artémis à Cybèle, car rien dans la bienveillante protectrice d’Éphèse ne ressemble à une quelconque Artémis. Ce serait davantage une Cybèle, la déesse-mère « anatolienne ».

Le culte se rapprochait aussi de celui d’Ishtar la grande déesse babylonienne.

Ce sont les Grecs qui ont vu une Artémis « ne sachant pas ce que sont les dieux ni les héros. » (Héraclite, philosophe éphésien) ;

les Éphésiens les ont laissé dire.

La signification de ses multiples « tétons », voir ci-dessous, est une autre histoire ...)

 

Pour l’occasion, la bienveillante déesse d’Éphèse voila ses multiples "tétons" sous une stola et une palla, à la mode romaine .

 

Arcadius est représenté entre sa mère, Aelia Flavia Flacilla, et Athéna.

 

 

Celle-ci casquée et portant l’égide, son fameux bouclier dont la représentation de la Méduse lui donne l’invincibilité. La déesse de la guerre symboliserait le constat de séparation de l’empire entre l’empire d'Orient et l’empire d'Occident.

 

L’Occident  revenant à Honorius, le deuxième fils de Théodose.

Cette fresque est la seule, connue, représentant un empereur chrétien présent parmi des déesses « païennes ».

C’est aussi une des rares fresques restées présentes sur le temple d’Hadrien à Éphèse.

Les autres, celles qui étaient trop « païennes », ont été brûlées dans un four à chaux installé à proximité du temple. L’intolérance doit faire table rase du passé.   

Iconoclaste (enccart)

    (Personne) qui interdit ou détruit les images saintes.

Le mot avait perdu de sa force lorsque le monde entier s’est indigné de la destruction de statues de Bouddha au canon.

La destruction de représentations religieuses, celles des autres, est toujours une preuve d’intolérance.

 

Pour en revenir à la réduction en poussière par un four à chaux, à Toulouse, un tel four a été implantée directement dans la nécropole romaine. Même par delà la mort, il fallait châtier les « déments et insensés » et faire disparaître les représentations qu’ils avaient utilisées pour décorer leurs sarcophages.

Si un four à chaux n’était pas à proximité, on pouvait consciencieusement réduire la statue en tout petits morceaux.

« Quand l'abbé Honoratus prit possession de la villa de Sperlonga [lieu de résidence de Tibère, sur la côte de la mer Tyrrhénienne] avec 200 moines, il ordonna de réduire en pièces les œuvres afin d'éliminer toute trace païenne du lieu. »

Comme ce n’était pas suffisant, il fit jeter « Les dizaines de milliers de fragments de marbre au fond d'un puits ».

Voir : Une collection d'art impériale recollée

 

Il fut, plus tard, facile d’attribuer la destruction des statues et fresques aux Barbares, comme on le voit sur cette image.

C’était masquer une réalité peu avouable : ce sont les Chrétiens intolérants et fanatisés qui ont brisé la plupart des "idoles". 

 

Retour à la rage d'intolérance de Théodose

 

 

Rien sur la fresque du temple d'Hadrien ne laisse envisager l'intolérance rageuse de Théodose contre Éphèse, contre ses hôtes, contre tous les « déments et insensés »

 

L’inscription :  

 

« Déméas, après avoir abattu l'image trompeuse du démon Artémis, a élevé ce signe de vérité. Il a honoré Dieu, qui chasse les idoles, et la Croix, le symbole victorieux immortel du Christ. »

… n’avait pas encore été gravée sur le socle d’une croix à un carrefour d’Éphèse

Rapidement, les temples furent fermés ou détruits par des moines fanatisés

 

Et avec les temples, en Égypte, fermèrent les écoles de médecine (celles dont furent élèves Cléopâtre VII, et vraisemblablement un certain Jésus, fils d’un charpentier de Palestine.)

 

Imhotep ne fut plus honorés et l’art médical mit mille cinq cent ans à s’en remettre.

 

 

… Concourir en utilisant les performances de son corps était « dément et insensé ». Les Jeux Olympiques furent interdits,

Comble de l’intolérance, un édit de Théodose interdit même le paganisme dans les cérémonies privées;

 

 

Écrasez l’infâme 

 

 

 

Il y eut des résistances et même des révoltes, et pas seulement chez les paysans-païens.

 

 

Les sénateurs s’indignèrent que la statue de la déesse Victoire soit retirée du Sénat romain et que le feu sacré soit éteint.

 

 

Plusieurs, comme Quintus Aurelius Symmaque, à Rome mais aussi Thémistios à Constantinople, s’inquiétèrent, avertirent Théodose.

Interdire des dieux qui avaient porté Rome depuis sa création n’était-il pas un mauvais présage ? Nous connaissons la suite !

 

Il y eut des révoltes.

Flavius Eugenius, professeur de rhétorique à Vienne (de Gaule), chrétien et nicéen, pris la tête de troupes de Francs (avec l'aide d'Arbogast ) et d’Alamans (ariens ?) pour rétablir la tolérance de Constantin et de Julien.

Eugène est proclamé empereur et commence à frapper monnaie à Rome.

Théodose écrase Eugène à l’aide d’une armée … de Wisigoths (ariens ! ) et de mercenaires Huns.

La tolérance comme Eugène fut décapitée.

 

Les femmes victimes de l’intolérance

L’intolérance ne fut pas seulement religieuse, Théodose la conjugua (évidemment) avec l’intolérance vis-à-vis des femmes.

 

« Une femme convaincue d’adultère, devait être livrée, pour punition, à la brutalité de quiconque voulut l’outrager. »

Un Chrétien comme Théodose pouvait-il à ce point ignorer l’Évangile de Jean (8,1-11) ?

Chez Théodose l’intolérance pouvait rimer avec le farfelu et l'ignominie : les coupables d’adultère devaient être affublées de clochettes (au dessus de la tête ?) et promenées dans un quartier de prostituées !!

Par ailleurs, le mariage entre une Chrétienne et un Juif mit l’épouse au rang de la femme adultère. L’intolérance envers les Juifs sera encore davantage le fait des successeurs de Théodose.

 

Théodose sous influence ?

Toute cette rage dans l’intolérance ! Théodose aurait-il été sous influence ?

 

Oui, probablement. On cite l’influence de sa nouvelle épouse Aelia Galla, fille de l’empereur Valentinien 1er, mais c’est trop facile.

 

 

La funeste influence qu'il faut retenir est celle d’Ambroise, évêque de Milan (lieu de résidence de l'empereur).

Ambroise définit clairement le rôle de chacun :

« l'empereur est dans l'Église, non au-dessus d'elle ».

 

 

 

 

L’Église étant au dessus de l’empereur, Ambroise pouvait se permettre d’interdire l’entrée de l’église de Milan à Théodose.

Nous sommes très loin de l'autorité d'un Constantin qui convoqua les évêques à Nicée !

 

Il y aurait eu de, timides et avortées, tentatives de revenir au polythéiste tolérant de Julien, par exemple de la part de Anthémius (367-72)

 

 

… ou, encore plus éphémère, de la part de Procope (366). Le texte du revers de la pièce de monnaie est très virgilien « Le retour des temps heureux ». N'était-ce pas aussi celui de la tolérance ?

 

 

Mais, la plupart des successeurs de Théodose accentuèrent l’intolérance, notamment Aelia Pulcheria.

Petite-fille de Théodose, fille d’Arcadius, Pulchérie, proclamée augusta, gouverna de fait à la place de son frère Théodose II, puis seule à la mort de celui-ci.

Elle marqua son époque par une intolérante encore plus totale que celle de son grand-père.

 

(ceci, malgré la présence de son époux, un vieux soldat Thrace, Marcien dont, d’après Chateaubriand, le grand cœur était placé « au-dessus de l’argent et de la crainte »)

 

Des mesures anti-juives continuèrent d’être progressivement prises (voir mariage entre un Juif et une Chrétienne).

Il fut interdit aux Juifs d’occuper des postes dans l'administration civile ....

(il ne faut pas exclure une pression de la part des Grecs, comme sous Caligula, , mais c’est une autre histoire …)

.... et militaire aux seules exceptions

... de la charge de Décurion et de celle de

… collecteur d'impôts (voir Montesquieu dans le premier volet de ces opus pour savoir ce que représentaient les fonctions de collecteurs d’impôts !) 

... etc.

 

C’est sous l’augusta de Pulchérie qu’à Alexandrie, Hypatie fut lynchée, massacrée, démembrée …  

 

L’« écrasez l’infâme » de Voltaire était déjà d’actualité pendant toute la chute de Rome !

 

 

 

« Rome, qui s’était étendue peu à peu jusqu’aux extrémités de la terre, rentrait peu à peu dans ses premières limites ; elle allait bientôt perdre l’empire et la vie. » Chateaubriand

Revanche d’Arius : l’arianisme devint la religion de la plupart des maîtres de l’Occident.

 

Les Ariens furent-ils tolérants ? Je ne sais pas. Mais ...

 

 

 

 

mais, pour les yeux de la belle Clothilde (catholique nicéenne), Clovis (arien mâtiné de polythéisme) accepta le baptême.

     Le chef des Francs saliques voyait aussi un moyen de montrer aux grands propriétaires terriens gallo-romains qu’il pouvait les protéger, mais c’est une autre histoire ...

 

C’est aussi le début officiel de l’Histoire de France.

Remarque sur les Basques

 

 

 

D’après les cartes, les Basques seraient restés en dehors de la Chute de Rome.

 

Pour certains ce serait la Vasconia, ....

 

... pour d’autres leur territoire est une zone blanche, une terra incognita, ....

 

 

… dont l’étendu varie d’une carte à l’autre.

Mais peut être qu’à cette époque, la plupart des Basques étaient-ils ni sédentarisés, ni évangélisés ?

 

L'histoire des Basques à la fin de l’Empire romain, et même pendant l’Empire Romain,

est une autre histoire …

Épilogue

Heureusement, l’Occident semble être aujourd'hui à l’abri de l’intolérance religieuse (mais pas de l’intolérance fiscale !)

Et l’intolérance philosophique ? Quelle est aujourd’hui la liberté des penseurs face aux lynchages médiatiques et des réseaux sociaux ?

Malheur à celui qui s’écarte du « politiquement correct » !

Commenter cet article