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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

L'influence … du lavage par un savon sur la diversité des bactéries de la surface des mains

Le titre complet est : « L'influence du sexe, de la propreté et du lavage sur la diversité des bactéries à la surface des mains. »

The influence of sex, handedness, and washing on the diversity of hand surface bacteria.

 

 

Pour disculper le savon, je reviens sur les travaux de Noah Fierer, Rob Knight et leurs collègues de l'Université du Colorado, déjà convoqués dans mon article La peau et ses odeurs

Les travaux de Noah Fierer et Rob Knight ont été publiés dans la prestigieuse revue étatsunienne PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America : Comptes-rendus de l'Académie nationale des sciences des États-Unis d'Amérique),

 

Partie du corps

La partie du corps étudié ici est la paume des mains d’hommes et de femmes (étudiant(e)s)  

Protocole de lavage

Le savon utilisé est le « standard bar of antibacterial-free soap (Ivory; Procter & Gamble)

 

La revendication “antibacterial-free” pourrait être en rapport avec les démêlés de P&G avec l’autorité de contrôle des Etats-unis (FDA) au sujet des antimicrobiens utilisés par cette société dans d'autres savons.

Antibacterial soap Safeguard reduces bacterial skin count by 99.3%, devenu plus tard GermShield+

Les décisions de la FDA ne sont pas sans rappeler « l’excès d’hygiène » dénoncé par Marc-André Selosse (voir

Chosmo epidermis. L’hygiène excessive accusée.)

«Les entreprises [Procter & Gamble] ne seront plus en mesure de commercialiser des lavages antibactériens contenant ces ingrédients, car les fabricants n’ont pas démontré que ces ingrédients étaient sans danger pour un usage quotidien à long terme et plus efficaces que le savon ordinaire et l’eau pour prévenir les maladies et la propagation de certaines infections »

 

Les mains étaient ensuite rincées à l’eau du robinet et séchées avec une serviette en papier.

 

Le premier prélèvement est effectué « immédiatement » après le séchage, indiqué par < 2 h d’après les figures, ensuite entre 2 et 4 heures (2 – 4 h) et après 4 heures (> 4 h).

Aucun prélèvement ne semble avoir été effectué avant le lavage à T0,  la seule référence est donnée par la figure de gauche où les résultats concernant la femme et l’homme sont différenciés

 

Noah Fierer et al. utilisent le pyroséquençage pour déterminer les microorganismes de Chosmo epidermis.
Il existe des méthodes plus modernes basées sur l'ARN ribosomal, fraction 16S, voir

Les « actifs » et le Microbiote cutané

et

Chosmo epidermis. Le gel-douche disculpé

_

Composition du savon utilisé

Noah Fierer et Rob Knight ne donnent pas la liste des ingrédients du savon utilisé, ceux du plus classique, l’Ivory Original Bar Soap sont les suivants :

Sodium Tallowate And/Or Sodium Palmate, Water, Sodium Cocoate And/Or Sodium Palm Kernelate, Glycerin, Sodium Chloride, Fragrance, Coconut Acid*, Palm Kernel Acid*, Tallow Acid*, Palm Acid*, Tetrasodium EDTA. *Contains one or more of these ingredients.

 

Tallowate est le totum des acides gras issus du suif, cocoate, ceux de l’huile de coco.

Les huiles fournies par Elaeis guineensis sont de deux types :

Celle du fruit
(drupe) a une composition proche du suif (ici Palmate) et peut le remplacer, ce qui explique le « And/Or » de Sodium Tallowate And/Or Sodium Palmate.

 

Tandis que celle de la noix, Palm Kernelate, est semblable à celle de l’huile de coco ce qui justifie le « And/Or » de Sodium Cocoate And/Or Sodium Palm Kernelate ; et plus généralement le « Contains one or more of these ingredients. »

Rien que du très classique pour un savon.

L’art du savonnier consiste à mélanger ces ingrédients en fonction des corps gras dont il dispose.

Résultats

Déjà la figure ci-dessus est  difficile à interpréter, car d’une part les échelles sont logarithmiques et différentes, d’autre part la figure de gauche distingue la paume de la main des femmes de celle des hommes, ce qui n’est plus le cas sur la figure de droite : B

 

(Les auteurs s’intéressaient essentiellement à débusquer des différences Homme/Femme, et ont confirmé que « les femmes ont plus de diversité bactérienne sur les mains que les hommes ». À ce propos, il est remarquable que les Lactobacillaceae de la paume des mains des femmes sont environ trois fois plus présents que chez les hommes, sachant que cette famille de bactéries est dominante dans la flore vaginale.)

Maintien de la diversité

Une observation globale de la figure ci-dessus montre que le lavage ne modifie pas sensiblement le spectre de répartition de la flore cutanée de la paume de la main.

Récurrence

… et, surtout, quelques heures après le lavage, le microbiote initial s’est entièrement rétabli.

Noah Fierer et Rob Knight s’interrogent eux-mêmes sur cette récurrence :

 « Soit les communautés bactériennes se rétablissent rapidement après le lavage des mains, soit le lavage n’élimine pas la majorité des bactéries. »

Les deux sont sans doute vrais, mais un aussi prompt rétablissement pourrait confirmer l’importance des relations étroites entre le système immunitaire et le microbiote.

    « en même temps que le système immunitaire sculpte le microbiote, il est sculpté par lui : à la fois au cours du développement et tout au long de la vie, » Thomas Pradeu

Chosmo epidermis est un tout. Toute modification du microbiote est le fruit d’une « entente » synergique entre l’épiderme (et son système immunitaire) et l’ensemble des microorganismes commensaux

Pour la variété individuelle et à la constance de notre système immunitaire, voir La peau et ses odeurs

 

Modifications

Un examen des détails montre des résultats assez surprenants.

Si les niveaux des Proprionibacteria et (surtout) les Streptococcaceae sont assez stables en fonction du temps qui s’écoule après le lavage,
les
Staphylococcaceae ont décru après des durées supérieures à quatre heures.

Quant aux Lactobacillaceae, leurs quantité commencent par croître d’un facteur environ trois, pour revenir à leurs valeurs initiales.  

Si on considère que les Lactobacillaceae sont des « gentilles bactéries », le lavage au savon provoquerait une « amélioration » du microbiote cutané qui dure au moins quatre heures !

 

Cette étude concerne les souches dominantes de Chosmo epidermis mais, comme le signale également Noah Fierer, des microbes même minoritaires peuvent jouer un grand rôle.

Un exemple est celui des levures malassezias signalées par Marc-André Selosse (voir

Chosmo epidermis. L’hygiène excessive accusée

Retour Vers

Des questions pour les cosmétologues

 

L’essentiel :

L’accusation de l’INSERM est claire : l’hygiène excessive serait responsable de la dermatite atopique.

Marc-André Selosse va plus loin en accusant la « douche savonnée » de diminuer la diversité du microbiote de Chosmo epidermis..

Quelle pourrait être la réponse des Cosmétologues ?

Deux pistes se présentent immédiatement :

- créer de nouveaux gels-douches qui préservent Chosmo epidermis.

- vérifier si les gels-douches actuels diminuent la diversité microbienne

Deux publications répondent déjà à cette demande de vérification :

      Celle de Noah Fierer et al. montre qu’un lavage au savon ne modifie pas sensiblement le spectre du microbiote (de la paume de la main) et que celui-ci revient rapidement à son état initial (récurrence).

Les observations précises et complètes de Christopher Wallen-Russell sur l’effet de trois « gels-douches », deux « classiques » et un utilisant la saponine comme surfactif, vont beaucoup plus loin et dans un sens tout à fait surprenant :

Conclusion  : Non seulement l’utilisation des trois « gels-douches » ne diminue ni la diversité ni la richesse du microbiote (de l’avant-bras) mais les augmente.

Les accusations contre le savon et le gel-douche levées, il faut donc chercher ailleurs les causes des allergies, de la dermatite atopique et autres défauts apportés par l’environnement au système immunitaire, par exemple le manque d’ensoleillement, des lieux de vie mal aérés et trop humides.

 

Ces, aussi inattendus qu’excellents, résultats montrent-ils la puissance de la formulation ?

Vers

L’essentiel :

Les tentatives de corrélations entre
…les mesures de flux d’eau transépidermique (TEWL) et d’humidité de la peau (Moisture)

… et les observations d’augmentation à la fois de la diversité et de la richesse du microbiote de Chosmo epidermis

… sont confondantes par leurs absences de concordances.

Si elle était irritante, une « hygiène excessive » comme l’utilisation de « gels-douches » pendant 4 semaines 2 fois par jour, devrait provoquer une augmentation de la TEWL. Or sauf dans un cas, c’est le contraire qui est observé par Christopher Wallen-Russell.

Faut-il y voir la grande qualité des « gels-douches » testés, la puissance actuelle dans l’art de formuler la Cosmétique moussante ? Certainement.

L’humidité de la peau (Moisture) décroît, mais à la lumière de mes études ultérieures sur l’effet structurant des crèmes « hydratantes », je vois dans cette décroissance un effet positif, qui confirme des propriétés « traitantes » apportées par les formulations modernes.

Chosmo epidermis est un tout. Le microbiote et l’épiderme sont intimement liés. Si les observations de Christopher Wallen-Russell sont déconcertantes (pour ne pas dire « folles »), n’est-ce pas pour nous rappeler la prédominance des propriétés immunologiques de Chosmo epidermis ?

 

Des ingrédients, autres que moussants, sont présents dans les formulations testées. Aucun ne semble modifier le microbiote. Même pas les conservateurs, y compris les « huiles essentielles ».

Vers 

L’essentiel :

La cellule de Langerhans négocierait-elle la permanence et la rémanence du microbiote de nos Chosmo epidermis ?

De par sa parenté avec les lymphocytes, elle détient toutes les informations sur notre système immunitaire.

La cellule de Langerhans est placée au cœur de l’épiderme. De là, par des dendrites et des cadhérines, elle peut échanger des informations avec plusieurs dizaines de kératinocytes situées dans toutes les couches de l’épiderme pouvant être régulées.

 

Pouvant capter des antigènes, la cellule de Langerhans possède les récepteurs lui permettant de recueillir des informations venant du microbiote

(qui pourraient être portées, au moins en partie, par les mêmes molécules que celles qui activent les récepteurs à l’amertume des kératinocytes)

 

Usant la voie des cadhérines, la cellule de Langerhans pourrait directement activer, ou désactiver, les récepteurs à l’amertume. Ceux-ci produisent des défensives et/ou des radicaux libres, limitant la croissance de microorganismes du microbiote.

En fin diplomate, elle pourrait aussi agir indirectement

- en laissant s’infiltrer des molécules qui activent les récepteurs à l’amertume des kératinocytes (par exemple : des acyl-homosérine lactones)

- en favorisant certaines bactéries, celles-ci devenant des gardes frontières supplétifs, qui produiraient des bactériocines.

- en activant les récepteurs au sucré, eux-mêmes inhibiteurs des récepteurs à l’amertume.

 

La fine diplomatie pourrait également apparaître dans la « régulation » de la perte insensible en eau (TEWL), qui modifierait l’activité de l’eau dans l’épiderme, favorisant (ou défavorisant) la croissance de tel ou tel microorganisme (par exemple les Lactobacillus). Cette action provoquerait une modification collatérale de la kératinisation.

 

La rémanence implique que la cellule de Langerhans puisse avoir une « mémoire », semblable à l’immunité acquise : la mémoire de notre peau.

 

La diversité et de la quantité de microorganismes dans le microbiote permet une meilleure protection de Chosmo epidermis. La cellule de Langerhans peut l’obtenir en recrutant des gardes frontières supplétifs plus divers et en plus grand nombre.

C’est probablement le résultat du « lavage excessif » observé par l’utilisation de « gels-douches » de « haute formulation ».

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