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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

École.26 : sapiens, plus qu’humain. La diversité. Gilgamesh.

En bref :

La diversité du choix des femmes rend Homo sapiens plus qu’humain, plus sapiens (sage) moins animal, le libère de son animalité.

Dans la légende de Gilgamesh, comme dans la Bible, c’est la femme qui « ouvre l’intelligence » à l’homme.

Cette « nouvelle » intelligence pourrait coïncider avec une phase avancée de la domestication

 

- Bonjour Professeur.

- Bonjour, Axiothée. Tu vas être satisfaite, aujourd’hui, nous entrons dans la richesse des choix individuels.

- Celui des femmes !

- L’attrait des femmes pour un homme symétrique pendant leur période féconde n’est qu’une tendance moyenne et, pour le plus grand bien de l’espèce, la femelle d’Homo sapiens est bien plus complexe !

- Paroles agréables à mon oreille.

- L’ouïe est également un sens utile au choix d’un partenaire, j’y viendrais plus tard.

Et cette complexité n’a pas échappé aux philosophes, bien davantage que la « tendance moyenne » !

 

 

Revenons au graphique, Axiothée

- Et ses carrés partout !

- Chaque carré représente, je te le rappelle, la symétrie (mesurée) des hommes ayant de l’attrait pour une femme. Une femme, un carré. Plus le carré est loin de zéro plus la femme est proche de sa période de fécondité. Plus le carré est en haut plus l’homme est symétrique

- Et de ces carrés, il y en a partout !

- Ce « partout », Axiothée, c’est la diversité des réponses des femmes, c’est la diversité de l’espèce Homo sapiens.

Dans son Éthique, Spinoza en fait un postulat. Nous en avons parlé dans la leçon.19

Dans la leçon précédente, tu m’as dit, que ces diversités rendaient Homo sapiens, plus humain….

- … ?

- Oui, toi, Axiothée,

- Ah, oui, c’était avant les huîtres, c’est cela, Professeur?

- En te répondant :: « plus qu’humain », je faisais référence à l’Humain, trop humain de Friedrich Nietzsche dont le sous-titre est Un livre pour esprits libres.

Cette diversité plus qu’humaine …

- Plus féminine, Professeur, plus féminine !

- … rend Homo sapiens moins animal, le libère de son animalité, il devient réellement sapiens, c'est-à-dire sage. Oui, Axiothée, cette complexité du choix des femmes est aussi celle des esprits libres.

- Toutes les femmes savent, Professeur, que ce sont elles qui rendent Homo sapiens moins animal. Depuis toujours !

 

- Au moins depuis la légende de Gilgamesh.

- Je connais un peu cette légende. C’est très ancien. C’est en Mésopotamie.

- Plus précisément, la légende de Gilgamesh date environ du IVe millénaire avant notre ère. C’est le plus ancien récit écrit connu. Gilgamesh est un dieu-héros-roi qui a un ami, Enkidou, celui-ci vit parmi les animaux et est une sorte de bête sauvage. C’est par son union charnelle avec une femme qu’Enkidou devint un homme. Et il fallut pas moins de six jours et sept nuit d’extases, pour que la Femme dise enfin à Enkidou « Tu possèdes maintenant la sagesse. »

- Toutes les femmes apprécieront la finesse de jugement de cette légende ! C’est quand même différent de l’Ève et de l’Adam de la Bible !

- Pas vraiment, Axiothée.

- … ?

- Il faut reprendre le texte exact de la Bible et pas l’interprétation qui en a été faite, tardivement, par des clercs d’un pays où les fruits les plus communs étaient des pommes.

- … !

- « La femme vit que l'arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu'il était précieux pour ouvrir l'intelligence; elle prit de son fruit, et en mangea; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d'elle, et il en mangea. » Genèse 3:6

Si on considère que de manger ce fruit représente effectivement l’union charnelle entre Ève et Adam, cette union leur ouvre l’intelligence, leur fait posséder « la sagesse », les libère de leur animalité. Ève et Adam sont les premiers sapiens du genre Homo. Selon la Bible, ils sont les premiers représentants de l’espèce Homo sapiens.

- Ce fut plus rapide avec Adam qu’avec Enkidou !

- Ça, Axiothée, la Bible ne le dit pas, ni si Adam était un « joli garçon » symétrique ; mais Ève devait être dans sa meilleure période de fécondité.

- Peut-être. Peut-être Professeur, mais croquer ce fruit est bien une initiative de femme !

- Parfaitement, Axiothée, tous les écrits fondamentaux reposent sur cette même observation.

- Mais, Professeur, en gagnant leur liberté de penser, Adam et Ève ont perdu le Paradis !

- Ne pas avoir d’intelligence est-il le Paradis ? Le jardin d’Éden est-il sans sagesse ? À chacun de donner sa réponse, Axiothée. Ce serait un trop long débat philosophique pour aujourd’hui ?

Quant à Enkidou, après son union avec la femme, celle-ci lui dit :

« Je te regarde, Enkidou,

tu es pareil à un dieu.

Viens, je vais te conduire à Ourouk

aux vastes marchés

au temple sacré, demeure d’Anou et d’Ishtar »

- Enkidou-pareil-à-un-dieu n’est donc pas chassé du Paradis !

 

- Ou alors nous nous faisons une idée … paradisiaque … du Paradis, alors que vivre dans le jardin d’Éden c’est vivre comme une bête. Comme tu peux le voir sur ce tableau de Lucas Cranach, Adam et Ève sont entourés de bêtes sauvages.

- Et sans intelligence !

- Il est remarquable que ces légendes, dont les versions écrites sont naturellement postérieures, semblent se situer pendant une période, et dans des lieux, où l’espèce humaine a été plus loin que la domestication des animaux … sauvages.

- … ?

- Le mouflon, à poils, avait été domestiqué ; par la sélection, les éleveurs commençaient à en faire un mouton à laine. Les agriculteurs sélectionnaient des graminées propres à la panification.

Sortir du Paradis, c’est utiliser cette « nouvelle intelligence » pour maîtriser des nouvelles techniques y compris d’ailleurs l’irrigation.

Sortir de l’état sauvage, c’est vivre dans des cités comme Ourouk, des cités, dans lesquels de vastes marchés permettent d’échanger de nouvelles marchandises, rendues réelles par la nouvelle intelligence, comme des étoffes de laine teintes de couleurs si variées (le lin est plus difficile à teindre que la laine).

Sortir de l’état sauvage, c’est adoré des dieux comme Anou et Ishtar. Anou est le chef-père de tous les dieux, et Ishtar est la déesse-mère.

- En domestiquant la nature, l’homme s’est domestiqué et s’est crée des dieux comme maîtres.

- … ?

- J’ai lu votre article, Professeur, celui sur l’Homme domestiqué et les dieux comme maîtres.

- Merci Axiothée,

- Me permettez-vous de pointer un paradoxe, Professeur ?

- Lequel, Axiothée ?

- Quand l’espèce humaine sort du Paradis et de l’état sauvage, Homo le sapiens devient à la fois domestiqué et plus libre !

- En effet, Axiothée. Voilà un excellent sujet de réflexion.

Nous, Axiothée, c’est de la diversité symétrie/fécondité dont nous sommes sortis. Nous reviendrons à certains points de la diversité pointés par le graphique lors de la prochaine leçon et nous en profiterons pour réfléchir au paradoxe que tu as si judicieusement énoncé.

- Avec plaisir, Professeur. Cette fois, la leçon m’a parfaitement satisfaite.

 

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