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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

L’essentiel : 

     Les médecins chinois ont voulu soigner un des symptômes du Covid-19 : la pneumonie.

Il semble qu’ils aient porté leur choix sur la chloroquine comme substitut de la quinine, utilisée dans la Pharmacopée traditionnelle chinoise pour le traitement des maladies respiratoires

Rappel : mon objectif est de présenter des hypothèses de travail différentes à la communauté scientifique

"Nous ne sommes peut-être pas tous égaux devant le SARS-CoV-2, mais en identifiant le pourquoi de ces inégalités, on pourra tenter de les atténuer." Loïc Mangin

Essayons de comprendre pourquoi Xu Yang et ses collègues de  l’Université Qingdao ont proposé l’utilisation de la chloroquine dès le 19 février 2020

 

L’objectif est indiqué dès l’introduction :

« Il est recommandé d'inclure le médicament dans la prochaine version des lignes directrices pour la prévention, le diagnostic et le traitement de la pneumonie causée par COVID-19 »

(L'objectif est clairement le traitement d'un symptôme et pas d'un anti-viral)

Ce médicament est « Le phosphate de chloroquine, un ancien médicament utilisé dans le traitement du paludisme ».

 

Contrairement à leurs collègues (du reste du monde ?), Xu Yang n’a pas cherché un antiviral, mais un traitement symptomatique, en occurrence un traitement du symptôme le plus grave du Covid-19 : « difficultés (ou gênes) respiratoires »

auxquelles s’ajoutent « toux et maux de gorge » c'est-à-dire des symptômes portant sur l’ensemble des voies aériennes.

 

(Une perte de goût et d’odorat précède souvent, au moins en Europe, notamment chez la femme, les symptômes indiqués sur ce schéma)

 

Pour cette démarche vers un traitement symptomatique, Xu Yang et son équipe se seraient-ils inspirés de la médecine traditionnelle chinoise ?

Pour laquelle le

- « COVID-19 est une maladie infectieuse respiratoire aiguë. »

- le malade est considéré dans sa globalité, dont la pneumonie fait partie.

Le 4 mars 2020 Didier Raoult et ses collègues passent en revue et publient les principaux résultats déjà connus concernant l’activité sur différents coronavirus de la chloroquine et de hydroxychloroquine (médicaments qu’ils connaissent particulièrement bien).

 

Passant à l’acte, la même équipe utilise cet « ancien antipaludéen » dans le traitement du Covid-19, et publie le 20 mars 2020

Hydroxychloroquine and azithromycin as a treatment of COVID-19: results of an open-label non-randomized clinical trial”

… pour lequel ils ont ajouté, en bithérapie, l’azithromycine.

 

Comme leurs confrères Chinois, le Professeur Raoult et ses collègues indiquent clairement et sans ambiguïté :

Les experts Chinois recommandent que les patients diagnostiqués comme des cas légers, modérés et sévères de pneumonie au COVID-19 [soient traités par la chloroquine.]»

C’est donc bien d’un traitement contre la pneumonie, symptôme du Covid-19, dont il s’agit et pas d’un traitement antiviral.

 

La chloroquine s'est avérée antivirale mais, vraisemblablement indirectement, via une activation d’un des systèmes immunitaires innés, celui à Récepteurs à l’amertume
Voir : Comment agit la chloroquine ? Comme d’autres substances amères ?

 

Pourquoi la chloroquine ?

Le raisonnement de Xu Yang et ses collègues ne fut-il pas  

 « Les malades des difficultés à respirer, nous utilisons un traitement qui facilite la respiration » ?

Parmi les substances les plus reconnues, ont-ils choisi celle qui était la plus simple à utiliser et … peut-être celle qui était disponible dans la pharmacie de l’hôpital : le phosphate de chloroquine.

Xu Yang et ses collègues avaient à leur disposition de nombreux travaux et revues sur lesquels s’appuyer

… y compris, ceux de Linhong Deng et ses collègues des universités de Chongqing et de Changzhou (Chine) qui ont relié les Récepteurs à l’amertume (TAS2R) à la médecine traditionnelle chinoise

 

[ Changzhou est la « capitale » de la médecine traditionnelle chinoise  Coïncidence : dans le cadre d’un jumelage avec Chongqing, il y a une trentaine d’année, j’ai pu apprécier et m'enrichir de nos différences de cultures.]

La première étape réalisée par Linhong Deng et son équipe a été de faire l’inventaire des TAS2R qui correspondent à la pharmacopée traditionnelle chinoise dans un article paru en juillet 2019 dans Frontiers in physiology

 

En ce qui concerne les Voies aériennes, sont cités :

Artemisiae argyi folium (Absinthin),

Benzoinum (Benzoin)

Cinchona ledgeriana cortex (Quinine)

 

Artemisiae argyi

Artemisia argyi H.Lév. & Vaniot, Asteraceae, est
« l’armoise chinoise »,
(Aiye
艾草)

Activateur du Récepteur à l'amertume TAS2R10 du système immunitaire fixe

Les préparations à partir des feuilles de cette armoise sont fumées (le moxa) à l’aide d’un tube en carton.

« Il [le moxa] est largement utilisé … en Chine et dans d'autres pays asiatiques pour traiter diverses maladies, en particulier les maladies chroniques telles que l'arthrose, l'asthme, les troubles gastro-intestinaux et l'insomnie. ».

Le moxa est également signalé pour son utilisation dans d’une autre affection pulmonaire : la tuberculose

Étant fumé, le moxa présente l'avantage de permettre aux « principes actifs » atteindre directement les voies respiratoires et les poumons.
(Comme le
camphre)

 

Coïncidence ? Une lactone sesquiterpénique extraite d’une autre  Artemisia annua L. (également originaire de Chine) a été utilisée comme traitement curatif du paludisme.

(la quinine et ses dérivés sont utilisés à titre préventifs également pour le paludisme)

Une équipe internationale conduite par Baixiao Zhao a, par ailleurs, pris la précaution de montrer que la fumée de la moxabustion n’a pas les effets néfastes du tabac sur les paramètres cardiaques

Si elle est tolérée, cette même fumée est-elle une indication pour les individus qui expriment le TAS2R10

 

Il semble que l’utilisation de la Médecine traditionnelle chinoise ait donné quelques résultats contre le Covid-19.
La différence fondamentale est celle de l'approche médicale de l'objectif, la Médecine traditionnelle s'efforce de traiter les symptômes, à l'inverse la Médecine "occidentale" s'efforce de traiter la cause. Il semble que pour les Covid, le traitement symptomatique soit plus approprié.      


 

 

Benjoin 

Benzoinum (Benzoin)

Le benjoin est le « baume », ou la résine, de diverses plantes du genre Styrax.

« Parfum à brûler » (comme l'encens) il peut être utilisé en fumigation. Son prix est élevé.

Activateur du Récepteur à l'amertume TAS2R14 du système immunitaire fixe

Cinchona ledgeriana

Il restait à Xu Yang : Cinchona ledgeriana, c'est-à-dire la quinine, ou son substitut : la chloroquine.

(Les TAS2R activés par la chloroquine sont nombreux le TAS2R3, 10 ; 39 et 7)

… pour laquelle de nombreuses publications « occidentales » ont montré l’efficacité dans le traitement de la « pneumonie », plus exactement de la broncho-dilatation

Plusieurs de ces travaux sont remarquables

 

 

 

 Remarque :

Le camphre en Chine

Le camphre fait bien partie de la médecine traditionnelle chinoise.

Il est classé « comme tonique » général.

Plus spécifiquement pour soulager les rhumatismes ;

       par voie externe (le Baume du tigre)

       ou interne « mélangé à du vin chinois »

Mais, contrairement aux Occidentaux, le camphre n’est pas dans la liste des substances prescrites pour le traitement des voies aériennes

Voir Le camphre pour gagner la course contre le coronavirus ?

 

Les scientifiques Chinois n’ont donc pas utilisé le camphre dans une thérapie contre le Covid-19

S’agit-il d’une conséquence du polymorphisme des Récepteurs à l’amertume ? La population chinoise n’exprimerait-elle pas les mêmes TAS2R dans les poumons que la population européenne ?

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