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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Des amertumes dans tout l'organisme

Que détectent les récepteurs à l'amertume

Que déclenche un récepteur d’amertume une fois qu’il est activé ?

L'Amertume dans la peau

 

Des amertumes dans tout l’organisme

    Notre ballade sur les « bienfaits [stimulants] des toxines végétales sur le cerveau » nous a immédiatement conduit à l’amertume mais il nous a fallu une succession de chemins détournés avant enfin aboutir aux produits de beauté. Aujourd'hui nous allons découvrir qu'un raccourci pourrait nous y conduire directement ?

    L’amertume à laquelle s’intéresse Mark Mattson est « classique », celle que nous ressentons avec la langue, et que nous rappellent Robert Lee et Noam Cohen de l’université de Pennsylvanie (États-Unis)

Les cinq saveurs fondamentales que détecte la langue sont « l’amer, le sucré, le salé, l’acide et l’umami (un terme emprunté au japonais, qui signifie savoureux et désigne le goût conféré aux aliments par un acide aminé, le L-glutamate, et divers nucléotides, présents dans des aliments tels que les sauces de poisson fermenté, la sauce soja, les champignons, les tomates mûres ou les épinards). Notre perception du goût agit ainsi comme le gardien du système digestif : elle fournit des informations sur les aliments que nous mangeons, nous permettant de décider si nous pouvons ou non les avaler. »

« Le sucré, le salé, l’acide et l’umami n’ont chacun qu’une seule sorte de récepteur. En revanche, au moins 25 types de récepteurs détectent les composés amers. »

… et ces récepteurs se trouvent dans tout l’organisme; où ils pourraient faire partie d’un système immunitaire inné, parallèle au système connu, mais potentiellement plus rapide à réagir.

    Notons que l’effet des récepteurs à l’amertume est modulé par le récepteur au sucré, que le sucre soit « habituel » ou un édulcorant ; non seulement sur la langue, mais partout où les récepteurs à l’amertume et au sucré sont à la fois présents.

 

 

 

 

    Que détectent ces récepteurs inaccessibles (au moins en théorie) aux principes amers habituels, ceux qui arrivent sur la langue ?

Robert Lee et Noam Cohen nous apprennent que ce sont des molécules bactériennes des acyl-homosérine lactones (AHL) présentes dans des biofilms bactériens, comme ceux formés par le sinistre Pseudomonas aeruginosa.

 

R étant une chaîne grasse, les AHL doivent avoir des

propriétés tensio-actives, comme les saponosides présents dans de nombreux « actifs » de la cosmétologie (Centella asiatica, Calendula officinalis, etc.)

 

 

Quelqu’un a-t-il goûté de l’AHL pour en vérifier l'amertume ?

     

 

Que déclenche un récepteur d’amertume une fois qu’il est activé ?

     La détection d’AHL par un récepteur à l’amertume - TAS2R38 (ou TR238) dans le tissu nasal - provoque :

- la production de peptides antimicrobiens nommés défensives (que l’épiderme est également à même de produire.)

- la libération de monoxyde d’azote (un ROS destructeur de bactéries, mais également un puissant messager !)

NO, monoxyde d'azote

     Des enzymes, les NO-synthétases, catalysent la synthétise du monoxyde d’azote à partir de l’arginine (un acide aminé « basique »).

Plus performant que les autres ROS, NO porte ses messages un peu plus loin que les autres et surtout dans toutes les directions. Il tient ces aptitudes à ses propriétés physiques : 1° il n’est pas électriquement chargé ; 2° il est soluble aussi bien dans les graisses que dans l’eau. Rien n’arrête le monoxyde l’azote, ni les membranes lipidiques, ni les phases aqueuses du cytosol ou des espaces intercellulaires.

NO un messager extrêmement puissant puisque, dans le cerveau, une concentration locale de NO d’une picomole par litre (0,00003 mg par litre) suffit pour influer sur le fonctionnement de millions de neurones.

Dans le domaine cardiaque, le monoxyde l’azote est connu comme agent du tonus vasodilatateur (l’inhibition de sa destruction est le principe d’action du Viagra®)

    Comme les autres ROS, le message porté par NO déclenche une prolifération cellulaire, une différenciation cellulaire ou une apoptose.

     Également comme pour les autres ROS, une production excessive de NO peut conduire à des troubles métaboliques, une inflammation persistante, diverses maladies neurodé-génératives, des accidents vasculaires cérébraux, …

 

Dans la peau

      À regarder la figure publiée par Robert Lee et Noam Cohen nous pourrions penser que la peau ne possède pas de récepteur de l’amertume.

 

Ute Wölfle et ses collègues de l’université Goethe (Frankfurt, Allemagne) ont démontré que si !

     Deux récepteurs à l’amertume, TAS2R1 et TAS2R38, sont présents dans l’épiderme, et ceci dans toutes les couches de kératinocytes, quelques uns persistent même dans la couche cornée, où ils doivent avoir perdu toute fonctinnalité. (Ute Wolfle ne semble pas préciser de quelle partie du corps cette coupe de peau a été réalisée)

 Remarque.01 : Il reste à savoir s’il y aussi des récepteurs au sucré et à effet modulateur !

 

L’utilisation de diphenidol, substance de référence médicale de l’amertume, ou l’amarogentine, puissant principe amer de Gentiana lutea L. ou de Swertia chirayita (autre Gentianaceae), montre que la stimulation des récepteurs épidermiques à l’amertume provoque une accentuation de la différentiation cellulaire c'est-à-dire une amélioration de la maturation des kératinocytes vers le stratum corneum ; différentiation marquée notamment par un accroissement de la teneur en kératines K1 et K10, et en filaggrin (indispensables à une bonne kératinisation, voir  Kératinisation et eau comme de la glace

 

     En août 2017, Ute Wölfle a complété son travail en montrant un autre aspect de la différentiation des kératinocytes : la synthèse de lipides. Selon sa publication, Gentiana lutea accroît la teneur de l’épiderme en céramides, acides gras libres, constituants essentiels des bicouches glucocéramidiques (indispensables à une bonne kératinisation) et les bicouches céramidiques  (indispensables à un bon "effet barrière").

Et elle conclut que Gentiana lutea pourrait être utilisée pour corriger les désordres de la « barrière » cutanée comme par exemple la peau sèche-rêche et la dermatite atopique.

     Bien qu’Ute Wölfle n’y fasse pas référence, il semble pourtant probable que c’est la production de monoxyde d’azote, suite à une stimulation des récepteurs de l’amertume, qui soit le principal facteur de ces différentiations des kératinocytes

Remarque.02 : Goûter la Beauté

Loin de moi l’idée de minimiser des merveilles annoncées par Ute Wölfle, mais si la racine de gentiane avaient ces propriétés, il me semble que nous le saurions déjà.

        Néanmoins, le premier test pour sélectionner des nouveaux « actifs », pourrait bien être organoleptique : goûter. Ce conseil s’adresse à tous ceux qui ne le faisaient pas déjà !

Remarque.03 : Chosmo epidermis

        Les relations versatiles entre les récepteurs de l’amertume et la flore, le tout au sein du Chosmo epidermis fera prochainement l’objet d’un § additif à la page Microbiotes. Chroniques.

Remarque.04 : Tissu adipeux

Les tissus adipeux possèdent des récepteurs au sucré et selon Robert Lee et Noam Cohen : « des souris génétiquement privées du récepteur du goût sucré (le couple T1R2/T1R3) ont des adipocytes plus petits – ces cellules qui stockent l’énergie sous forme de graisse. Cela suggère que le récepteur interviendrait dans la régulation du stockage de l’énergie. »

Si on découvrait que les tissus adipeux ont aussi des récepteurs de l’amertume, ces derniers auraient-il un effet modérateur sur ceux du sucré ? 

 

Conclusion

« Les récepteurs du goût ont probablement encore beaucoup à nous révéler. »

 

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