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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

 

La recherche de la causalité des molécules volatiles nous conduisit tout naturellement dans l’archipel des lipides

Île.31 : Lipides et Molécules volatiles

    Pour constituer une odeur, les molécules qui la constituent doivent évidemment être volatiles et transportables par l’air, elles doivent donc être à la fois suffisamment courtes et/ou hydrophobes/lipophiles (Lien vers le Île.34)

Courtes comme l’acide iso valérique, hydrophobes comme l’androstenedione.

Le découpage et/ou raccourcissement et/ou cyclisation (souvent en hétérocycles) sont effectués par le microbiote cutané (vers Île.05)

Les molécules obtenues sont plus ou moins odorantes, plus ou moins agréables, par exemple celles soufrées par Staphyloccocus haemolyficus.

Les matières premières utilisées pour la production de molécules odorantes sont les lipides disponibles et principalement ceux sécrétés par les glandes apocrines. (Lien vers Île.34)

Île.32 : Variété des molécules odorantes. Symphonie.

Malgré leurs « exotismes » (lien vers Île.35), le nombre de molécules différentes semble rester « assez » faible, l’ordre de grandeur pourrait n’être que de la centaine (moins ?), mais ces molécules sont suffisamment variées pour que leurs combinaisons permettent un nombre quasi infini de symphonies parfumées différentes, et que chaque individu ait son odeur.

Le nombre de molécules pourrait être semblable à celui des matières premières parfumantes dont dispose un parfumeur sur son orgue.

Île.34 : Lipides épidermiques

      Les principaux fournisseurs de lipides qui soient utilisables par le Chosmo epidermis sont les glandes apocrines (Lien vers l'Île.10)

Ces lipides sont tous synthétisés de novo par les glandes. Aucun de ces lipides n'étant collecté depuis la circulation sanguine, le sébum natif ne contient pas d’acides gras essentiels.

     Des lipides bactériens sont certainement aussi utilisés.

     La plus grande interrogation concerne les lipides des bicouches céramidiques du stratum corneum.

Si le cholestérol et des acides gras se retrouvent à la surface de l’épiderme (Île.37), aucun céramide n’apparaît. Au moins libre, car ils pourraient être liés aux cornéocytes.

Île.35 : Lipides exotiques

     Nouvel étonnement : la grande originalité des acides gras rencontrés dans Chosmo epidermis :

- 12,5% sont ramifiés : 10% d'iso et 2,5% ante iso ;

Remarque : ces ramifications doivent, par ailleurs, jouer un rôle dans l’appréciation du toucher « doux » de la peau. Mais c’est une autre exploration.

- et encore plus rare chez Homo sapiens, 9% des acides gras sont à nombre impair

de carbone.

Île.36 : Lipides à effet bactéricide

      S’ajoutant à l'exotisme de l’île.35, nous découvrons que certains lipides sont remarquables par leur effet bactéricide/bactériostatique :

- Ailleurs que dans la peau, le squalène (polyterpène en C30) est un intermédiaire de la synthèse du cholestérol. Mystérieusement « intact », dans Chosmo epidermis, il pourrait avoir un certain effet bactéricide/bactériostatique.

- L'acide palmitoléique (acide gras en C16, mono-insaturé comme l’acide oléique) très présent sur l’épiderme, très rare ailleurs, est également reconnu pour son (léger) effet bactéricide, notamment vis-à-vis de Pseudomonas aeruginosa, Propionibacterium acnes, Escherichia coli.

   Le Table II présenté par Albert Kligman va dans le même sens puisqu’il montre que le squalène et les acides gras libres sont davantage présents chez les sujets n’ayant que peu d’odeur des aisselles.

Triglycerides = triacylglycérol

Île.37 : Variété des lipides épidermiques

      Le tableau ci-dessus montre la différence apportée par la quantité et la répartition des lipides dans le fumet qui s’échappe des aisselles, entre une forte odeur et une odeur imperceptible.

 

L’excrétion des lipides étant différente d’un individu à l’autre,

- la fourniture des matières premières destinées à créer des odeurs est différente (Île.04).

- l’effet modulateur vis-à-vis des bactéries est différent (Lien vers l'Île.36 : Lipides à effet bactéricide).

 

Avec la découverte de la grande variété des lipides épidermiques, il nous semblait que notre exploration dans cet archipel était suffisante quand nous aperçûmes une autre Île. Ce n’était en réalité qu’un îlot, l’îlot.38, « qu’il n’était pas nécessaire de visiter », « vous y perdrez votre temps » avaient ajouté les Lipidiens avec un sourire en coin.

Nous voulions, bien entendu, savoir les raisons de ce dénigrement vis-à-vis de leurs compatriotes.   

Îlot.38 : Lipides comme messagers.

Nous étions à peine arrivés sur l’île.38 que les habitants nous entourèrent. Bien que l’accueil fût très chaleureux, nous regrettâmes bientôt cette escale.

Comme un explorateur doit transcrire fidèlement ce qu’il voit et entend, en voici le compte-rendu. Il est vrai qu’il s’en émane une certaine poésie, mais beaucoup de lecteurs passeront directement à la conclusion, à moins que par curiosité …

  

    Non seulement les lipides sont des matières premières des odeurs (lien vers Île.05 et Île.31), mais ils influencent la flore (lien vers Île.36), certains d’entre eux sont des messagers secondaires comme les sphingosines…

…. et les 1,2-diacylglycerols ajouta en bougonnant un Îlien.38 .

      La teneur en sphingosines libres dans le stratum corneum est d'environ 0,4-0,5% des lipides présents, repris notre interlocuteur sans se soucier du bougon

       Les autres cellules de l'épiderme en contiennent beaucoup moins : 0,09%.

Ces teneurs sont très sensiblement supérieures à celles de tous les autres organes.

Les sphingosines agissent sur la Protéine Kinase C, qui elle même agit sur la différenciation et la croissance cellulaire (lien vers Ile.81), elles entrent donc dans la régulation du mécanisme qui aide à maintenir une balance entre la perte des cellules en surface et leur remplacement par des cellules nouvellement formées et différenciées.

    Selon Wertz et Downing, ces sphingosines proviennent d’un excès de synthèse lors de la production de céramides.

Mais elles peuvent aussi provenir de l’hydrolyse par des bactéries des sphingomyélines des membranes plasmiques, et en diffusant vers les couches plus profondes ces sphingosines pourraient jouer un rôle dans la régulation du mécanisme de balance décrit ci-dessus.

     Curiosité d'Explorateur, nous avons fait l’erreur de vouloir en savoir davantage.

L’un des habitants de l’Îlot.38 nous montra la formule schématique de la C18‑spingénine

Nous repoussèrent poliment les propositions de connaître les formules de sphinganine (ou dihydrosphingosine) et de la phytosphingosine (ou 4-hydroxysphinganine).

   Puisqu’il avait été question de la Protéine Kinase C, par courtoisie envers vos hôtes, nous dûmes assister à la présentation de l’activation de la plus classique d’entre-elles.

    La figure a été jointe pour son esthétisme, les dessins ramenés par les explorateurs ne sont-ils pas toujours d’une grande beauté ? La légende est livrée ci-dessous, pour sa grande poésie !

   Quand l’un d’entre-nous, celui qui suivait l’exposé, s’étonna qu’aucune sphingosine n’apparaissent ni sur le schéma ni dans la légende, ce fut le début d’une grande cacophonie.

Chaque Îlien.38 avait son hypothèse. Pour l’un d’entre eux, qui avait bougonné depuis le début, affirma qu'aucune sphingosine n’était un effecteur de cette activation sauf, peut-être …

Un autre lui coupa la parole pour affirmer qu’une sphingosine intervient dans la translocation du cytosol vers la membrane

Pour d’autres, les effets seraient indirects dont un effet via une phosphorylation …

   L’Îlien bougon ajouta que c'est le 1,2-diacylglycerol qui est un activateur de la Protein Kinase C,

- et que le 1,2-diacylglycerol est un produit de dégradation des triacylglycérols par des lipases bactériennes,

... et que parmi les Diglycerides de la Table II (voir l'Ile.36) il doit y avoir des 1,2-diacylglycerols

... et qu’il y a moins de Diglcerides sous les aisselles des individus à forte odeur (2,7%) que ceux à faible odeur (3,4%)

- et que l’activité de ces lipases est très variable en fonction des individus.  

... et que l’activité de ces lipases est très variable en fonction des individus.  

Dans le brouhaha nous entendîmes un Îlien affirmer que la sphingosine avait des effets bactéricides et que nous devrions retourner l’ajouter aux lipides de l’île.36

Un autre précisa que l’effet est indirect, par stimulation de la production de défensines

 

C’en était trop…

  

Conclusion

    Outre cette variabilité, nous retinrent que la moindre réaction du vivant est d’une grande complexité, même dans un Îlot,

 

Hasard ou nécessité ? Jacques Monod parlait volontiers de bricolage de la nature. Il est vrai qu’une telle complexité échappe à la rationalité  

   

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