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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Île.01 : Odeurs corporelles, une information.

    

L’émission d’odeurs est un moyen de communication entre les différents individus Chosmo sapiens. Cette émission est réalisée par le Chosmo epidermis. Ces odeurs sont des médias porteurs de diverses informations  sociales notamment celles qui participent au choix d’un partenaire pour la continuation de l’Espèce. Voir La Peau et ses odeurs.

 

      Dans une reproduction sexuée, sans une bonne communication entre les partenaires, l’Espèce dégénère puis s’éteint. Réciproquement, l’existence de l’Espèce Homo sapiens est la preuve qu’une bonne communication existe, ou au moins existait.

 

    Oui, « existait » et nous avons quelques raisons de nous inquiéter, car actuellement, la plupart des Occidentaux considèrent leur odeur comme désagréable, et tentent de la masquer à grands renfort de déodorants et d’antiperspirants (pour environ 90% d’entre eux aux USA !).

La baisse considérable de la fécondité aurait-elle pour origine le déni d’odeur ? Laissons cette question dans les nuages d’îles lointaines.

      Éloignons-nous aussi des motivations, nombreuses, qui poussent le Consommateur à paraître sans odeur, le paraître jeune, le paraître d’une classe sociale élevée, … (ces paraîtres seront plus tard au programme de l’École de la Beauté, dont la leçon 10 de l’École de la Beauté)

     

      Avant de poursuivre le récit de notre voyage vers les Îles des « bonnes odeurs » corporelles, ce « bonnes » mérite quelques remarques.

- Les manufacturiers des odeurs (lien vers l’île.04) produisent également des « mauvaises » odeurs, ainsi que des molécules volatiles « sans odeur » et des molécules qui n’étant pas volatiles sont sans odeur.

- Si les odeurs sont considérées comme bonnes, ou mauvaises, c’est évidemment qu’elles sont senties par celui qui les reçoit (senties consciemment ou pour la plupart de manière subliminale, lien vers l’île.03)

- Qu’elles soient bonnes ou mauvaises, ces odeurs sont porteuses d’informations.

- Si elles n’étaient pas porteuses d’informations, en terme de Biologie de l’évolution, à quoi servirait-il qu’Homo sapiens les sentent ?

- Les odeurs correspondent aux besoins premiers nécessaires à la continuation de l’espèce : sexualité, nourriture, danger, …

- Le large polymorphisme (lien vers Île.17) de la réception aux odeurs, c'est-à-dire le fait qu’un individu va trouver une odeur mauvaise, l’autre bonne, l’autre ne sentira rien du tout (lien ver l’île.87) est principalement lié à la sexualité puisque ce polymorphisme permet un mixage génétique qui lui-même peut être profitable à l’Espèce (lien vers l’île.99)

Île.02. Toute harmonie est dosage 

     Le jugement de bonne ou mauvaise odeur est fonction de son intensité.

Une odeur peut être agréable à faible concentration (et notamment à celle qui est subliminale, voir Île.03), et devenir désagréable ou neutre à forte concentration.  

 

   C’est le cas, par exemple, des substances  (des ionones (terpènes) et notamment l’α-ionone) qui se trouvent à la fois sur la peau du poisson et dans certaines fleurs comme la délicieuse violette. L’odeur ne fait que s’intensifier quand le poisson commence à « passer ». Selon certains, les poissonnières tiendraient leur caractère irascible à cet excès d’odeur féminine respirée toute la journée.

   Les humains ne sont pas les seuls concernés. Certaines crèmes destinées à éloigner des moustiques remplissent bien cette fonction au moment où la crème est étalée sur la peau, mais au bout de quelques heures la concentration en « principe repoussant » devient suffisamment faible pour devenir « principe attracteur » des mêmes moustiques. C’est la raison pour laquelle, sous un climat tropical, il convient de renouveler souvent l’application de la crème « anti-moustique », toutes les quatre heures environ.

Remarque : On peut voir un exemple de l’hormèse dans cette inversion de l’effet en fonction de la concentration

    À vouloir envoyer des signaux trop puissants, nous arriverions au contraire de l’effet souhaité (comme toute information ?). Toute harmonie est dosage.

 

Île.03 : Subliminal ! .

     À chaque fois qu’il est question d’effet, en bon biologiste, il faut s’interroger sur la dose.

Wen Li et ses collègues du Cognitive Neurology and Alzheimer's Disease Center à Chicago (Illinois, USA) nous donnent un élément de réponse, inattendue.

   Le principe de l’étude est de demander à un jury quelle est son appréciation sur des personnes dont on lui présente le visage (plus exactement : la photographie du visage)

   Dans l’atmosphère d'une odeur agréable (citronnée), mais non perçues par des observateurs, le jury déclarent trouver les personnes présentées, agréables, chaleureuses et attirantes. (Ce principe a été utilisé dans les salles de réveil d’hôpitaux.)

     À l'inverse, toujours dans les mêmes conditions subliminales, en présence d'une odeur désagréable (vieille chaussette), les mêmes visages sont perçus comme ceux de personnes peu sympathiques.

Et … si la dose de parfum devient plus forte et perçue par les observateurs, la différence entre les deux jugements disparaît, étrangement.   

 

   Si le jugement disparaît, les parfums dont nous nous inondons ne serviraient donc pas à nous rendre agréables, chaleureux et attirants. Mais alors à quoi servent-ils ? À quoi servent-ils vis-à-vis des autres (vis-à-vis de soi, c’est encore un autre continent !). Patience. La réponse sera donnée un jour dans l’École de la Beauté,

 

Île.04 : Odeurs. Manufacturiers

     Dans le Chosmo epidermis, le microbiote est l’acteur (principal) de la synthèse et de l’excrétion de molécules odorantes. Lien avec l’Île.01.

 

Des enzymes peuvent également catalyser la fourniture de quelques matières premières.

Elles peuvent être excrétées par le microbiote, ou apparaître dans le milieu à la suite de lyse cellulaires, par exemple des lipases (lien vers l’île.38, l’île.80), des protéases (lien vers l’île.08, l’île.80, etc.

Le stratum corneum « contient » de nombreuses enzymes

Parmi les enzymes épidermiques, une protéase (une chymotrypsine), a la particularité d’être incluse dans les bicouches céramidiques du stratum corneum.

 

    Certaines enzymes peuvent être considérées comme ayant une activité antimicrobienne, par exemple, un lysozyme, des RNAses, … (lien vers les Îles 36, 61, 71, 80)

Autres exemples de protéases

 

Île.05 : Odeurs. Fournisseurs

    Les principales matières premières utilisées par le microbiote sont fournies par la peau de l’Homo sapiens.

- l’eau (Île.06)

- les lipides (Île.31 et suivants)

- Autres (kératine, NMF) (Île.08)

Île.06 : L’eau

Parmi les matières premières fournies par la peau, l’eau figure en bonne place. Cette eau provient :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- d’une part par des glandes, pour les aisselles, il s’agit les glandes apocrines (Île.10) et les glandes eccrines (sudoripares),

-  d’autre part de

la perte insensible en eau (TEWL).

Les glandes amènent une quantité d’eau sur la peau, la perte insensible est un flux.  

Quantité

Les microorganismes de Chosmo epidermis ont besoin d’eau pour se développer. Les utilisateurs d’un Antiperspirant (qui bloque l’activité des glandes) ont 50 fois moins de bactéries, toutes espèces confondues, que les non utilisateurs (voir  

Troccaz et al. Microbiome (2015) 3:3 DOI 10.1186/s40168-014-0064-3 )  

Pour survivre, le microbiote doit disposer d’une activité en eau suffisante, qui est spécifique de chaque espèce qui le compose.

Flux

- Le flux d’eau qui s’échappe de la peau entraîne les molécules odorantes. Un peu comme l’entraînement par la vapeur qui est utilisé pour l’extraction des huiles essentielles des fleurs.

Par rapport à d’autres régions du corps, ce flux est particulièrement important sous les bras, laissant supposer que les aisselles sont des lieux privilégiés d’émissions d’informations odorantes (Île.01) 

Île.07 : Variété de la flore d’une région du corps à l’autre

   Même sans connaître la nature des familles, genres, etc. bactériens représentés par les couleurs des différents « camemberts », la figure  (empruntée à Elizabeth Grice et Julia Segre) montre que, pour un même individu, le microbiote varie grandement d’une région à l’autre du corps.

Nous remarquons que les zones les plus riches en glandes sébacées sont aussi celles où le bleu foncé (couleur attribuée à Propionobacteriaceae) est le plus important.

 

Digression : La zone riche en glande sébacée n’apparaît qu’à partir de la puberté. Elle est celle d’un développement potentiel de boutons d’acné … et curieusement, c’est aussi celle qui rougit – flush, érythème congestif passager –  au moment de l’orgasme, … pour ceux/celles qui sont sujets aux rougeurs cutanées (sont-ce les mêmes qui sont sujets à l’acné ?)

Île.08 : Kératine, NMF.

   La kératine est une protéine très résistante, mais elle est plus ou moins grignotée par la flore épidermique.

Les enzymes, des protéases, qui catalysent l’hydrolyse de la kératine sont peu nombreuses.

Les microorganismes qui excrètent une telle protéase sont, par exemple, les Xanthomonadales (voir Les actifs et le microbiote cutané) Ils font profiter à l’ensemble du microbiote des peptides et acides aminés produits par l’hydrolyse de la kératine.

 

       À ces acides aminés, s’ajoutent ceux provenant de l'hydrolyse de la filaggrin (Lien vers Île.81 et Kératinisation et eau comme-de-la-glace) et entrent avec d'acide lactique et l'urée dans les éléments hydrosolubles de l’épiderme rassemblés sous le nom de NMF,

 

L’épiderme contient aussi quelques protéases, la plupart situées dans les couches profondes du stratum corneum. Elles catalysent des réactions de maturation des kératines ainsi que la desquamation c'est-à-dire la libération des cornéocytes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi ses enzymes, une protéase, une chymotrypsine-like, a la particularité d’être incluse dans les bicouches céramidiques du stratum corneum.

   

 

Île.09 : Température, « pH ».

Les paramètres physiques de la peau concourent au développement de tel ou tel microorganisme, par exemple :

- Température plus faible. Sauf que justement la région qui nous intéresse pour sa production d’odeur, celle des aisselles, n’est inférieure que de 0,9°-1°C par rapport à celle de l’intérieur du corps,

 

- Acidité, ou plus exactement : un excès de charge négative. Il est abusif de parler de pH quand il y a si peu d’eau sur/dans la peau !

 

 

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