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Publié par Jean-Pierre FORESTIER

Il était une fois un homininé déjà presque bipède. Inspiré par les puissantes mâchoires de la hyène, il prit une pierre et cassa une os d’une charogne. La moelle devenait une réalité gourmande.
Par
fierté, par jeu néoténique et/ou par anticipation, « il » garda SA pierre dans SA main. En co-évoluant comme bipède-pierre, « il » devint le premier cyborg.
Il ou Elle ? question superflue ! C’est tout le groupe qui commença à co-évoluer.
Les outils comme les humains évoluèrent. Puis vint le feu, puis
l’agriculture et enfin la Pilule.

... , un singe qui aimait la viande. Comme ses congères, sa nourriture était variée : des fruits, des noix, quelques chenilles, quelques termites mais la viande était sa nourriture préférée.

Les trop rares chasses aux colobes attisaient par avance sa gourmandise, sa gourmandise si particulière.

Voir la vidéo de chimpanzés chassant des colobes 

 

Piètre chasseur et placé loin derrière le mâle alpha, sa participation se limitait à du rabattage de deuxième rang.
Il devait donc se contenter des restes, mais ces restes, ô combien il les appréciait. Quand l’odeur commençait à devenir fétide, il était le seul à se délecter. Non seulement, l’amertume de la charogne, ne le gênait pas, mais il en appréciait le goût et le fumet
(Avait-il subit une mutation ?).

Il regrettait juste de ne pas pouvoir se délecter davantage de cette suprême gourmandise, de cette moelle qu’il arrivait parfois à sucer à la fracture un os cassé.

 Mangeant davantage de viande, sa musculature augmenta, il grimpa plus vite aux arbres, ainsi que dans la hiérarchie de son groupe. Devenu mâle alpha, plusieurs fiancées surent faire chavirer son cœur 

Ils se marièrent et eurent beaucoup de petits singes gourmands de viande faisandée. Une première évolution avait commencé.

 (Pour des complémentes sur les contes des fées, voir Fictions. Ordre Surnaturel. Régnants, Rebelles, Conquérants, Régnants.)

Mais ni le conte, ni l’évolution ne s’arrêtent là !

... , une petite bande des lointains descendants du singe qui appréciait tant la viande faisandée. Ils n’étaient pas encore complétement bipèdes et pas encore complétement nus !

 

Desmond Morris nous décrit comme
« des singes nus devenus carnivores ».

 

Carnivores, oui, mais d’abord charognards !
La chasse et la chair fraîche ne viendront que bien plus tard !

L’amélioration du charognage pourrait-elle nous donner l’exemple d’une première co-évolution ?

La petite bande se tient à une distance respectable de lionnes. Elles festoient d’une grande antilope qu’elles viennent de tuer. Le lion rugissant est venu prendre sa part. Rassasiés, les félins s’éloignent doucement, comme à regret.

Nos amis espèrent pouvoir profiter des restes, ils s’avancent mais les vautours s’abattent dans un bruit d’ailes menaçantes.
Un des presque bipèdes se redresse, prend un bâton et l’agite. À la grande admiration de tous, les vautours s’éloignent. Un succès ? Il n’est qu’éphémère !

L’élan des homininés vers la viande convoitée est brisé net par les cris des hyènes riantes.
Le bâton ? Il est réduit en miettes par les mâchoires hurlantes.
Quand, enfin, les charognardes s’éloignent, repues à leur tour, il ne reste que quelques os qu’elles ont dédaigné de briser.

Les fourmis et d’autres pullulants commencent à couvrir le squelette.
Manger quelques-uns de ces insectes n’est qu’un dérisoire amuse-gueule.
Il faut faire vite. Quelques os doivent encore cacher de la succulente moelle. Il faut réfléchir, vite.

Nos presque bipèdes n’ont pas la terrible puissance de mâchoire des hyènes. Il faut réfléchir, imaginer, anticiper. Celui-là même dont le bâton a été brisé ramasse une pierre. Devant les regards éberlués, il frappe et frappe encore. L’os finit par se briser ! La moelle est là, devant les yeux gourmands, prête à être dégustée.

La moelle, comme tout le gras, concentre un grand nombre de calories dans un petit volume, mais surtout elle devait déjà être une gourmandise.
La gourmandise ne serait-elle pas une motivation évolutive supérieure à la faim ?

Les os ont été cassés, la moelle dégustée, la bande commence à s’éloigner.
Pourquoi notre homininé garde-t-il encore sa pierre dans sa main ?

D’autres animaux, des singes, et même quelques corvidés, savent utiliser des outils, mais généralement ils ne se les procurent que quand ils en ont besoin. Ils ne gardent pas leur outil avec eux.

Garder cette pierre dans la main est malcommode quand son principal moyen de locomotion, ainsi que celle de tout son groupe, est la quadrupédie.

Pourtant notre héros persiste, sa pierre reste dans sa main.
Cet étrange caprice serait-il une première évolution ?

Cette pierre qu’il ne veut pas lâcher l’oblige à être de plus en plus bipède, même si sa marche reste aussi chaloupée que celle de l’ours, autre plantigrade.

Vous l’aviez deviné, le succès évolutif, indirect, ne se limite pas à la bipédie ! mais aussi, évidemment, à la première pierre-outil, au premier outil permanent.

Les chimpanzés prennent une brindille pour débusquer des termites dissimulés dans leur termitière, mais ils ne la gardent pas comme un trophée !

La question cardinale doit être posée : pourquoi cet homininé a-t-il gardé sa pierre-outil dans sa main ?

Plusieurs réponses sont envisageables. 

Par fierté ? celle d’avoir, lui, cassé un os à moelle. La force de la fierté est avec lui.

Par jeu ? Garde-t-il sa pierre dans la main comme les enfants gardent précieusement un joli caillou ramassé sur la plage ?

Cette pierre devient le compagnon de celui qui la garde dans sa main, son allié, comme certains hommes modernes gardent constamment sur eux leur Opinel ou leur Couteau suisse.

Par anticipation ? Cette pierre pourra-t-elle servir à casser d’autres os. Ne pourrait-elle pas être lancée contre les hyènes ?

Jeu et anticipation ne seraient-elles des manifestations de la néoténie ? Cette « conservation de caractères juvéniles au stade adulte », permet aux humains d’imaginer des fictions, d’y croire, de les apprécier, d’y adhérer, voire d’y apporter de la passion.
Yuval Noah Harari a remarquablement narré cette faculté d’imagination spécifique de l’humanité, de l’humanité néoténique.

« Il était une fois, … » a bercé notre enfance

« Et si, une fée … transformait cette citrouille en carrosse … »

« Et si, … » !

Et si … cette pierre permettait de briser les os de cette antilope  comme la hyène vient de le faire avec ses effroyables mâchoires ?

A la pierre maladroitement dans sa main, le presque bipède associa une autre fiction :
Et si ... une fois la moelle dégagée de l’os brisé, il deviendrait possible de la déguster !

Ainsi fut fait et tout se passa comme son cerveau néoténique (et plastique) l'avait dit.

Maintenant tout le groupe admire l’inventeur et sa pierre. La fierté au présent ! Et si, … ! D'autres fictions surgissent dans le cerveau du bipède-pierre. Et si, … comme son lointain ancêtre, le premier charognard, il devenait le mâle alpha de sa bande ?
Il croise déjà le regard charmeur de plusieurs femelles.

....

« Et si, au lieu de manger ces pois maintenant … pourquoi ne pas les … semer, … et à récolter des pois ici, au-delà du temps ! » 

 

 

N’est-ce pas à partir de cette fiction agricole qu’Emma, la nomade du Paléolithique, a basculé vers Emma, la Rebelle du néolithique ?
Semer pour récolter n’est-ce pas
anticiper ?

Et si, l’anticipation n’était qu’une fiction conjuguée au futur ? ou plus exactement l’anticipation ne serait-elle que le choix entre plusieurs fictions ?

Un choix ou un jeu ? Un choix ou une impulsion ? Un choix raisonné ou un pari ? L’existence même de Dieu n’est-elle pas, selon Pascal, un pari, un jeu ? Un jeu néoténique ?

Seul, le nombre de fictions de "et si ..." demeure limité.

Dans leurs jeux, les enfants ne multiplient-ils pas les scenarii, les « Et, si … » ?

Dans un groupe, les « Et si, … » des différentes fictions peuvent s’enrichir, s’emboîter puis se cristalliser vers un objectif (qui reste encore plus ou moins flou).

Dans un groupe, les « Et si, … » des différentes fictions peuvent s’enrichir, s’emboîter puis se cristalliser vers un objectif (qui reste encore plus ou moins flou).

Et si la fantaisie était le moteur de l’innovation ?

Emma, la Rebelle, serait-elle devenue une Conquérante du néolithique si chaque vieux, chaque Illuminé, n’avait apporté ses expériences, sa curiosité et ses anticipations.

Autre succès évolutif ! un succès fondamental !
Des
fictions communes apportent la puissance au groupe et cimentent le tissu social.
Avec une anticipation commune, la Rébellion commence à devenir une Conquête.

Revenons à notre bipède-pierre.

 

"Tout apprentissage modifie le cerveau"

Quelle que soit sa "motivation" : la fierté, le jeu ou l’anticipation, celui qui est « de plus en plus bipède » est déjà différent, il est augmenté. Avec cette pierre dans sa main, il n'apprend plus, il ne réfléchit plus seulement comme un bipède mais comme un bipède-pierre.

Il est le premier cyborg.

Ce n’est plus un simple bipède qui va évoluer mais le cyborg bipède-pierre.
Ne vient-il pas d’offrir un peu de moelle à l’une des femelles qui lui faisait
les yeux doux ? Sa descendance parviendra jusqu’à nous.

 

Il ou Elle ?

Il est tout à fait vraisemblable que le premier cyborg ait été une Lady-bipède-pierre et ... qu’elle fut particulièrement courtisée.
A-t-elle été la première à avoir l’idée d’utiliser une pierre ?

A-t-elle cassé elle-même l’os ? (Les études anthropologiques montrent que les femelles étaient aussi vigoureuses que les athlètes féminines modernes)
Il ou Elle ? Peu importe ! dans un emboîtement de fictions, le plus musculeux/adroit du groupe a pu casser le premier os.
Ensuite, apprentissage après apprentissage, tout le groupe a pu extraire la moelle avec un minimum de force et de coups de pierre.

 

Mâle ou femelle cyborg, c’est tout le groupe qui a évolué.

Vraiment tout le groupe ?

N’est-il pas idyllique d’imaginer cette admiration de l’ensemble du groupe devant celui (ou celle) qui le premier cassa l’os avec la pierre ? Ce qui nous semble être une évidente avancée évolutive n’a-t-elle pas été considérée par certains comme une rébellion ?
Parmi les
Régnants, le cyborg bipède-pierre a été un Rebelle.

C’est bien ce que suggère Roy Lewis dans Pourquoi j’ai mangé mon père. L’oncle Vania s’y inquiète de la domination que pourrait représenter la pierre sur l’homme : « Pourvu, toutefois, qu'on ne se mette pas à en dépendre trop : la pierre taillée pour l'homme, non l'homme pour la pierre taillée ! »
Comme dans toute association, comme dans tout cyborg, lequel domine-t-il l’autre, le bipède ou la pierre ?

La question restera éternellement posée.

Évolution des outils, et des humains !

Ce bipède n’est pas le seul animal à utiliser un outil (bis), mais devenu bipède-pierre il est celui qui le perfectionne le plus, celui qui diversifie le plus son utilisation, une pierre pour casser des os, une autre pierre pour éloigner des hyènes ? il va perfectionner sa pierre-outil plus que tout autre animal.

 

Avec un galet à bord tranchant, il commença à gratter des rognures attachées aux os, augmenter un peu plus sa consommation de viande, et évoluer en bipède-chopper  

La plupart des outils découverts concernent la boucherie. Ils permettent l’extraction de la moelle ou la découpe de la chair.

Si la pierre est le seul outil qui a pu résister au temps et être retrouvée par les archéologues, de nombreux autres outils ont été pu être utilisés, des outils en bois de cervidés, ..., des outils en bois d'arbre (comme le bâton qui a permis d'éloigner les vautours).

 

Après l’outil, l’étape évolutive déterminante est celle du feu.
En évoluant comme Humain-feu, nous nous sommes définitivement éloignés des autres animaux ... pour le meilleur et pour le pire !

(on peut, sur l'image ci-dessus, remarquer les galets qui entourent le feu. Plongés dans l’eau ces galets brulants permettent de préparer la soupe, et ainsi de bénéficier des protéines des légumineuses – Fabaceae)

Avec le loup, l’allié n’est plus une pierre inerte ou le feu, mais est un être vivant. C’est l’Homme-chien qui va co-évoluer,  

Devenu agriculteur sédentaire, c’est l’Homme-orge qui va co-évoluer. C’est l’Homme-chèvre qui va co-évoluer.

 

Pour gérer ses réserves l’agriculteur a appris à compter. C’est le cyborg Homme-calcul qui va co-évoluer vers de plus en plus d’abstraction.

Co-domestiqué de multiples façons, l’Homme domestique doit se chercher un maître.

Dans ses fictions, ce seront d’abord des bisons, des lions, … puis des taureaux, puis des dieux hiérarchisés à l’image de ses sociétés, puis enfin un seul dieu universel.

(lire ou relire le § les Maîtres de l’humanité domestiquées 
de L’Homme domestiqué [fatigué], Nietzsche et les dieux

Les conquêtes du cyborg agriculteur-éleveur n’ont pas été que technologiques, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la sexualité et la reproduction furent libérées.

… pas totalement ! Avec la Pilule, une nouvelle ère de l'humanité s’est ouverte : le "pilulocène"

Quelle sera l’évolution de la cyborg-Pilule ?

* Sans doute ce "singe" avait-il été la victime heureuse d’une mutation portant sur l’expression d’un ou plusieurs gènes des récepteurs à l’amertume, les TAS2R, mais c’est une autre histoire.
Cette mutation lui permit de faire
la différence entre la viande faisandée et la viande avariée
Il est possible que la rupture évolutive avec les autres primates soit la conséquence de cette mutation, mais c’est aussi une autre histoire, celle de l'évolution des homininés se nourrissant de charognes, alors que les chimpanzés n’en supportant ni le goût ni l’odeur évoluèrent vers une régime essentiellement fructivore.

L’importance de cette mutation doit être relativisée au regard de la principale rupture évolutive : la néoténie !

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